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Chansons françaises (et wallonnes...)

Ci-dessous, quelques chansons inédites issues de mes recherches ou de la mémoire familiale, liées à un événement historique ou tirées de chansonniers anciens. Page en enrichissement constant (j'espère !)

- Le naufrage (chanson de Joseph Closson chantée par Louis Bologne, avant 1936) nouveau

Po z’édoirmi « Batiss » (berceuse pour Jean Bologne, 1922) nouveau

- Le réveil d'Épiménide (chanson de la Table ovale, 1818)

- Le déménagement de la Romane (chanson de Jean Bologne, vers 1944)

- L'exposition universelle à Chicago (chanson de Louis Bologne, 1933-1934)

Le débarquement (li 6 di djun) (chanson de Joseph Closson, 1944)

Le naufrage

chanson de Joseph Closson chantée par Louis Bologne

          Mon oncle Louis se souvenait encore d'un chanson de son grand-père Joseph Closson (1849-1936). C'est le premier, à ma connaissance, à avoir alterné dans ses signatures l'orthographe ancienne (Closon) et récente (Closson). Il était cordonnier à Ans (où habitait la famille de son épouse Joséphine Pagnoule), puis à Liège, rue de Hesbaye.

          Malgré son air sévère, Jean-Joseph Closson et ses quatre fils passent dans la mémoire de Jean et de Louis Bologne pour de joyeux drilles, familiers de blagues volontiers scatologiques rebaptisées « clossonades ». Le souvenir qui revient le plus souvent chez l'un et l'autre est celui d’une crotte de chien gelée ramassée sur le seuil de sa maison, lors d'un hiver particulièrement rude. Au lieu de se fâcher, il y taille avec son tranchet un petit bloc qui ressemble à s’y méprendre à une racine de bruyère bien veinée et la propose à un ami pipier comme s’il l’avait ramassée au bord d’un chemin. Celui-ci le remercie et la met dans sa poche, où elle ne tarde pas à se réchauffer. Il en a voulu toute sa vie à Joseph Closson : le veston n’avait jamais pu être récupéré.

          La chanson est d'un humour moins cru mais de même acabit. Elle semble un souvenir de music-hall de la fin du XIXe siècle, avec les blagues faciles sur la belle-mère et sur l'alcool que l'on boit "cercle et tonneau", tout le tonneau et jusqu’au cercle qui en tient les planches !

Joseph Closson

Y a l’bateau qu’a fé naufrache 

I s’a s’trenglouti d’vint les flots 

Avou m’bell’ mére è treûs vîs mårticots

Qu’al raminév’ des pays såvadges 

Ah, mes amis, qué débarras,

Voilà pourquoi, voilà pourquoi 

Moi ch’fé la fête au villache.

Vola treûs djoûs qui dji sos st’en ribote 

Dji n’s såreu dir’ lès tchapell’s qui dj’a fé

Dj’a bu dè vins, dè bîr’s, dè grandès gotes 

Dj’enn’a bin bu cèke è tonnè !

Y a l’bateau qu’a fé naufrache (etc.)

Il y a le bateau qui a fait naufrage,

il a été englouti dans les flots

avec ma belle-mère et trois vieux singes

qu’elle ramenait des pays sauvages.

Ah mes amis, quel débarras !

Voilà pourquoi,

moi, je fais la fête au village.

Voilà trois jours que je fais ribote,

je ne pourrais dire les chapelles que j’ai faites !

J’ai bu du vin, de la bière, des alcools forts, j’en ai bien bu cercle et tonneau !

Il y a le bateau qui a fait naufrage...

Tableau représentant Joseph Closson.

Le naufrage chanté par Louis Bologne le 13 septembre 2024 (98 ans)

Naufrage
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Po z’édoirmi « Batiss »

berceuse en wallon pour Jean Bologne

Baptiste, c'est Jean-Baptiste - en l'occurrence mon père, Jean Bologne, né le 2 avril 1922... La berceuse a été composée pour lui le 13 août de la même année et il l'a conservée à la fois dans sa version manuscrite, sur joli cahier d'écolier, et dans sa mémoire : l'enregistrement joint date du 18 juillet 2018, il avait 96 ans. Selon la tradition familiale, la berceuse serait de la plume de Gérardy. S'agit-il de Paul Gérardy, poète liégeois alors bien connu (1870-1933) ? Il a bien passé sa jeunesse chez son oncle, marchand de vin à Liège, où il a suivi des études de philologie romane, mais à l’époque, il habite à Bruxelles. Par ailleurs, je ne lui connais pas de poèmes en wallon. Si c’est lui, j'émettrais un petit doute sur la tradition familiale. Il faudrait pouvoir authentifier l'écriture. Mais il y a d'autres Gérardy à Liège à l'époque... L'évocation des deux grands-pères (Bologne et Closson) émus et des grands-mères bavardant dans l'âtre est en tout cas très vivante !

NB : j'ai respecté ci-dessous l'orthographe du manuscrit de 1922

Berceuse
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Jean Bologne (1922-2022)... jeune (sur la photo) et à 96 ans (enregistrement de la berceuse)

Jean Bologne

Djan, sèrez vos bleus ouïes

Wis’qui l’cir vint r’glatti !

C’est assez po l’jou d’houïe

Il est timps dè dwermi.

Vola vos bonn’ boteye

Nanez mi p’tit Jean Jean.

Es vos adlé voss maman

Nanez mi p’tit cint meye.

 

Voss papa fait ’n’ risette

A s’nozé p’tit poyon !

Vos l’veyez ka ’n’ fossette

Vint pleuti voss minton

Li grand’papa Bologne

Vi chant’ret ses râvions

Dismetant qui l’grand père Closson

Quoi qui j’deie vi s’apogne.

 

Les grands mères es l’couleie

Djaset di voss s’avenir.

Djan tot l’monde a l’éveie

Di v’dinez joïe, plaisir.

Suvez voss’ vicareye

Tot v’veyant soriant

On dirait : V’la l’heureux Jean Jean.

Nanez mi p’tit cint meye !

Allons, fermez vos yeux bleus

où le ciel vient briller !

C’est assez pour aujourd’hui,

il est temps de dormir.

Voilà votre bon biberon,

dormez, mon petit Jean Jean.

Vous voilà à côté de votre maman,

dormez, mon petit trésor.

Votre papa fait une risette

à son mignon petit poussin !

Vous le voyez, car une fossette 

vient plisser votre menton.

Le grand-papa Bologne

vous chantera ses ritournelles,

tandis que le grand-père Closson,

quoi que je dise, vous empoigne.

Les grands-mères, au coin du feu,

parlent de votre avenir.

Allez ! tout le monde à envie

de vous donner joie et plaisir.

Suivez votre vie :

en vous voyant souriant,

on dira : Voilà l’heureux Jean Jean.

Dormez mon petit trésor.

Manuscrit de la berceuse

Le déménagement de la romane

Chanson composée pour le déménagement de la section de Philologie romane de l'Université de Liège au Val Benoît, à la fin de la guerre. Chantée par mon père Jean Bologne (1922-2022), alors étudiant en romane. Il écrivait des chansons de circonstance, il est possible que celle-ci soit de lui, mais rien de sûr. Il ne composait pas les musiques, il s'agit sans doute d'un timbre de l'époque que je n'ai pas identifié - je suis preneur de toute information ! On retrouve dans cette chanson quelques grands noms de l’université de Liège. 

 

La chanson était en partie parlée et mimée, mon père variait parfois la musique d’un couplet à un autre, la reconstitution est difficile. Le texte est lui aussi sujet à variantes. La version ci-dessous respecte scrupuleusement celle qu’il a écrite. Quelques variantes sont signalées avec les deux versions chantées !

La romane
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Le déménagement de la romane, enregistrement du 13 novembre 2015.

1. Toute la romane est en émoi,

Car dans un, ou deux,… ou trois mois,

            On déménage.

Chacun aide à faire des paquets (a)

Sauf, évidemment ceux qui d’vraient

            C’est bien dommage.

Les assistants sont en d’sous d’tout,

Horrent (1) surtout s’en fout, s’en fou[t]

            Il nous délaisse,

Et de Betancourt (2)… se cacher (b)

Sitôt qu’il nous voit arriver

            Avec des caisses.

 

2. Ainsi c’est fait le Val Benoît (3)

Désormais verra les ébats

            Des Romanistes :

Sans qu’on n’en ait jamais rien su

Monsieur Paquot (4) (hem, hem) (c) l’a obtenu

            Rien n’lui résiste.

On nous a dit (d) que nos rayons

Seraient r’peints en gris trianon (5)

            Quelle bonne idée !

Car c’est le style Napoléon

Qu’avec de l’imagination

            On nous recrée.

 

3. Évidemment cette question

Des moyens d’communication

            Nous rend moroses,

Mais pour y aller c’est bien mieux (e)

Au lieu d’un tram on en prend deux,

            C’est si peu d’ chose (f). 

De plus le nouvel emplacement (g) 

Est supérieur au précédent

            Car si ça barde,

On pourra voir de bien plus près (h)

Comment s’y prennent les Anglais

            Quand ils bombardent.

 

4. Et puis (i) le château est hanté

Et par les belles nuits d’été

            L’ombre de Wilmotte (6)

Sous la lune (j) vient à passer 

Dit au romaniste attardé

            « Eh, mon p’tit pote (k), 

Je n’suis plus le maître vénéré,

J’suis un revenant dés[e]nchanté,

            Un sans culotte,

On n’respecte plus mes erreurs, (l) 

On m’fait bondir de fureur (m) 

            Fou d’mes clicottes (7). »

Jean Bologne, interprète

Jean Bologne en étudiant (1941)

Le bombardement du Val Benoît 

Références et ©

Bombardement du Val Benoît évoqué dans la chanson

Notes et variantes

 

Les lettres appellent des variantes ; les chiffres romains appellent des notes. Les variantes en caractères romains sont celles de la version ici diffusée.

Variantes

 

(a) les paquets

(b) Et de Betan / court se cacher (nettement détaché)

(c) (broum)

(d) On nous dit

(e) Mais pour aller ici, bien mieux - Car pour y aller, est-ce mieux ?

(f) - c’est peu de choses

(g) D’ailleurs

(h) On verra de bien plus près

(i) Oui mais

(j) Par la lune ; Dans la brume

(k) Et au romaniste attardé Dit : « Mon p’tit pote ;  

Dit au romaniste attardé « Oh, mon p’tit pote

(l) On n’respect’ mêm’ plus mes erreurs

(m) C’est c’qui m’fait sauter, ô fureur - avec horreur

Notes :

 

(1) Jules Horrent [1920-1981]

(2) Le n’ai pas retrouvé de Betancourt en romanes à Liège à cette époque. Je suis preneur de toute information !

(3) Le bâtiment du Val Benoît, inauguré en 1937, était en principe réservé aux ingénieurs. Il a été bombardé en 1944-1945, qui ont déménagé dès 1940 face aux menaces de bombardements, étant donné la proximité avec le pont du Val-Benoît, sur la ligne assurant la liaison avec l’Allemagne, et de la gare de Kinkempois. Le site a effectivement été bombardé en 1944-1945 et les laboratoires et la bibliothèque ont été détruits ce qui rendait impossible la réaffectation immédiate à la Faculté des Sciences appliquées. Est-ce alors qu’on y a logé la Philologie romane ? Je n’ai pas retrouvé trace du déménagement de la Philologie romane au Val Benoît. Je suis preneur de toute information ! Voir Robert Demoulin, L'Université de Liège de 1936 à 1966, Université de Liège, ‎ 1967.

(4) Marcel Paquot [1891-1988]

(5)​ Le gris trianon fait référence à la couleur des meubles de Marie-Antoinette à Versailles. Les spécialistes affirment qu’il ne s’agit pas de la couleur d’origine, mais que le plomb de la couleur aurait foncé, donnant l’impression, au XIXe siècle, que les meubles avaient été peints en gris. Il est également possible que les restaurateurs de l’époque ne se soient pas posé la question et aient repeint les meubles en gris. L’expression en tout cas est entrée dans l’usage à cette époque, et les restaurateurs du XXe siècle ont restitué le blanc et tilleul d’origine.

(6) Maurice Wilmotte [1861-1942]

(7) Littéralement : hors de mes chiffons (hors de mon linge)

L'exposition universelle

Chanson satirique wallonne issue de la mémoire de mon oncle Louis Bologne (1926-2025). Il y eut deux expositions universelles à Chicago, l'une en 1893 et l'autre en 1933-1934. C'est très probablement à la deuxième que se rapporte cette chanson, non seulement parce qu'elle correspond à la jeunesse de mon oncle, mais surtout parce que les hachoirs et découpeuses électriques n'apparaissent pas avant les années 1910. Mais la chanson peut aussi faire allusion à un petit film des frères Lumière, La charcuterie mécanique (1895), qui montre un cochon vivant introduit dans une machine et ressortant, de l'autre côté, sous forme de morceaux découpés dans les règles de l'art. La machine est actionnée par une roue, non par un moteur électrique, et bien sûr elle ne fonctionne que dans un sens, mais le gag a pu inspirer des chansons qui se sont collées à l'actualité du moment (l'exposition universelle de Chicago) et qui se seraient modifiées dans les mémoires... 

Affiche de l'exposition universelle à CHicago
Chicago
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Louis Bologne, interprète

Affiche de l'exposition de 1933. Enregistrement du 13/09/2024 (Louis Bologne)

Références et ©

Dji m’sovins co, j’alléve à l’Amérique

Veyî l’exposition à Chicago.

In’ aveû là des matchin’s électriques

Qu’avêut st’il fwèce di six à mèyes tchivaux.

Le plus curieux, c’esteût st’èl chårcut’rèye :

N’aveut st’on croc’ qu’aminév’ les pourcès.

Qwand on mettév’ les bottons so l’awèye

Ça fév’ riv’ni tot à fait à boquets

Dès boulett’s,

Cot’lettes

Dè djambon, dè platè cwèsses

Des linwes, des feûs, des poumons,

Des sauciss’s, des saucissons,

Qwand çoula n’est nin bin fé

On rapplaque tos les boquets

Et l’matchine to risquoulant

Fév’ rivni l’poûrcè vikant.

Je me souviens bien, j’allais en Amérique

voir l’exposition à Chicago.

Il y avait là des machines électriques

qui avaient la force de six à mille chevaux.

Le plus curieux, c’était à la charcuterie :

il y avait un croc qui amenait les pourceaux.

Quand on mettait le bouton sous l’aiguille,

ça faisait revenir le tout en petits morceaux :

des boulettes,

des côtelettes,

du jambon, des plates-côtes,

des langues, du foie, des poumons,

des saucisses, des saucissons…

Quand ce n’est pas bien fait,

on remet tous les morceaux,

et la machine, en reculant,

fait revenir le pourceau vivant

Le débarquement (li 6 di djun)

 

Chanson de mon grand-oncle Joseph Closson (ou Closon) (1887-1950), employé à l'administration communale, bureau de l'Instruction publique et des Beaux-Arts, où il était plus précisément "Délégué aux bonnes choses", comme il aimait à signer, c'est-à-dire chargé d'organiser le "banquest des Djoyeux", où les menus pouvaient comporter jusqu'à onze services... Bien sûr, on y chantait, des chansons françaises ou wallonnes, publiées ou de circonstances, des pasquèyes que chacun composait sur un collègue (il en a conservé une sur le caleçon de Joseph Closson !) ou sur un événement de l'actualité. Celle-ci, sur l'air du Bon roi Dagobert, raconte le débarquement du 6 juin 1944.  Elle est signée "Tchantchès", et porte des corrections manuscrites de l’écriture de Joseph Closson, ce qui peut laisser présumer qu'il en est l'auteur. Il faut dire que durant l'Occupation, on décida de commémorer par le banquet annuel le "jour maudit où les boches honorèrent nos bureaux de leurs investigations" - le 3 mars 1941. Tradition respectée chaque année "en silence pendant l'occupation", puis officiellement à la Libération. Le samedi suivant la date anniversaire fut réservée à ce banquet à partir de 1946. La tradition fut-elle respectée ? Je l'ignore, car l'oncle Joseph a quitté l'administration communale en 1947 pour devenir agent de change aux côtés de son neveu Joseph (surnommé le Grand Thomas pour qu'on ne les confonde pas...). Joseph Closson est décédé peu après, le 14 décembre 1950. Dans son manteau à col de fourrure, il était le « coquet » des quatre frères Closson, se rappelle mon oncle Louis. Je ne l'ai donc pas connu, mais un peu sa veuve, la tante Valère. 

Le débarquement
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Joseph Closson, photo et profil crayonné lors d'un banquest des Djoyeux 

 Références et ©

Joseph Closson
Joseph Closson

Texte en wallon

1. Diérin-mint les Anglais,

Volant fé n’surprise å Français,

Li Sih’ Djun å matin

I débarquî st’è Cotentin.

Portant les Al’mands

D’his co l’djou di d’vant :

« I fåreût poleûr

Passer houte dè meûr ! »

Min l’meûr di l’Atlantique

N’esteût qu’on meûr di n’dimèye brique.

 

2. Ci fou st’on bè boucan

Quand l’z’Américains prindît Caen.

Et les prindant st’a r’bours,

Prindît l’vèye et l’port di Cherbourg.

Mins vola Romel

Tot vert qui s’måvelle,

Tot d’hant : « Sint Maty !

I m’èl vont payî ! »

Målèreus’mint po lu,

I vola l’gueuye djus d’on talus.

 

3. Li gros boûzé Goering,

Come on boxeu qui r’monte so’l’ring,

Dèrit : « Dj’årès leu sonk,

Pasqui dj’va lacher mes V. onck.

Kimandez l’pondeu

Po pond' mes V. deux,

Li V. treus sûret,

Puis l’V. qwate après.

Des V., dj’enn’a st’assez :

Dji va mînme å double V.C. »

 

4. Goebels, po l’propagande,

Féve des communiqués so k’mande.

I d’héve qui ç’n’esteut rin

Qwand c’est qu’i pierdît dè terrain.

« Si n’batans s’t’en r’traite

Ci n’est n’in n’défaite,

On est mînm’ d’acwèrd

Qui c’est’ine victwére.

Nos suvans noss’ tactique,

Puisqui noss’ front est st’élastique. »

 

5. Mins v’la Léon Degrelle

Qui féve on méting à Bruxelles,

Qui s’måvelle come on sot,

Tot d’hant : « Li chef, c’est mi qu’est l’so.

Alez, neûr moussî,

Vi fé ahèssî

Et v’bate conte les Russes

C’est po li R’wè d’Prusse.

På mi, Saint non di patte,

Rat’nez-m’ autremin dji m’va batte.  »

 

6. So ç’trèvint-la Hitler

Måka dè voler l’panse è l’air.

In clique du djénèråls

Avî métou n’bombe å lôcål.

C’esteut st’on mic mac

Tot avå l’Wermacht,

Tot l’état major… pièdi turtos l’nôrd.

Hitler n’aveût, môrdjène !

Pièrdou qu’on bwès foû di s’fahène.

 

7. Et l’gros Mussolini

Si déri : « Ç’côp chal, c’est fini.

Dj’aveûs portant li r’gard

Et tote li prestance d’on César.

Mins noss’ pitit rwè

M’a r’ssètchî m’emplwè,

i m’fåret st’ ovrer,

Qu’est-ce qui dji va fé ?

Dj’irai trover l’Négus

Qu’a mutwè mesåh d’on gugusse. »

Traduction

1. Dernièrement, les Anglais,

Voulant faire une surprise aux Français,

Le six juin, au matin,

Débarquèrent dans le Cotentin.

Pourtant, les Allemands

Disaient encore, la veille :

« Il faudrait pouvoir

Passer au-delà du mur ! »

Mais le mur de l’Atlantique

N’était qu’un mur d’une demi brique.

 

2. Ce fut un vrai boucan

Quand les Américains prirent Caen.

Et, les prenant à rebours,

Prirent la route et le port de Cherbourg.

Mais voilà Rommel

Qui se fâche tout vert,

En disant : « Saint Mathieu ! (1)

Ils vont me le payer ! »

Malheureusement pour lui,

Il tomba tête en bas d’un talus.

 

3. Le gros bouffi Goering,

Comme un boxeur qui remonte sur le ring,

Dit : « J’aurai leur sang !

Parce que je vais lâcher mes V1. (2)

Faites venir le peintre

Pour peindre mes V2,

Le V3 suivra,

Puis le V4 après.

Des V, j’en ai assez :

Je vais même au double V... C.

 

4. Goebels, pour la propagande,

Faisait des communiqués sur commande.

Il disait que ce n’était rien

Quand il perdait du terrain.

« Si nous battons en retraite,

Ce n’est pas une défaite,

On est même d’accord

Que c’est une victoire.

Nous suivons notre tactique,

Puisque notre front est élastique. »

 

5. Mais voilà Léon Degrelle

Qui faisait un meeting à Bruxelles,

Qui se fâche comme un sot,

En disant : « Le chef, c’est moi ! »

Allez, « noir vêtu » (3)

Vous faire foutre

Et vous battre contre les Russes :

C’est pour le roi de Prusse ! (4)

Pour moi, Cré nom de Dieu,

Retenez-moi, sinon je vais me battre.

 

6. Sur ces entrefaites, Hitler

Manqua de voler la panse en l’air.

Une clique de généraux

Avait mis une bombe dans la salle. (5)

C’était un micmac

Dans toute  la Werhmacht

Tout l’État-major perdait le nord.

Hitler n’avait, merde alors !

Perdu qu’un bois de son fagot.

 

7. Et le gros Mussolini

Se dit : « Ce coup-ci, c’est fini.

J’avais pourtant le regard

Et toute la prestance d’un César.

Mais notre petit roi

M’a retiré mon emploi

Il va falloir que je travaille,

Qu’est-ce que je vais faire ?

J’irai trouver le Négus,

Qui a peut-être besoin d’un gugus. » (6)

Ancre 1
Ancre 2
Ancre 3
Ancre 4
Ancre 5
Ancre 6

Notes

(1) "Sint Matî (Mathy) !" était un "petit juron" (Haust). Mais n'oublions pas que traiter quelqu'un de "sot Matî" est une insulte ("nigaud"). (Retour au texte)

(2) Les missiles V1 et les V2 de l'allemand Vergeltungswaffe : "arme de représailles") sont les missiles balistiques conçus et lancés contre les grandes villes reconquises par les Alliés en 1944 et 1945. Il n'y eut pas de V3, 4 ou 5, l'énumération, et le jeu de mots douteux sur les WC, raillent la course en avant de l'Allemagne aux abois. (Retour au texte)

(3) Léon Degrelle (1906-1944) est le fondateur du parti nazi Rex. Les "noirs vêtus" font allusion à l'uniforme des SS, mais  aussi aux Blancs moussîs ("vêtus de blancs"), figures de carnaval populaires à Verviers, simplement enveloppées dans un drap. Le tapuscrit ne comporte pas de guillemets : il est difficile de dire si les derniers verts font partie du discours de Degrelle ou sont des invectives qui lui sont destinées par le chanteur. J'ai opté pour la première hypothèse, le dernier vers m'a semblé une rodomontade mise dans la bouche de celui qui envoie les autres se battre mais qui n'y va pas lui-même. Mais les vers précédents constituent des injures très lourdes qu'on n'attend pas dans la bouche d'un chef qui s'adresse à ses hommes, sinon par forte de dérision - ahèssî, pour Haust, se dit "au sens grivois : ahèssî 'n feume". On peut opter pour une traduction plus légère : ahèssî on vôleûr, c'est "rosser un voleur"... (Retour au texte)

(4) Se battre pour le roi de Prusse (pour rien). Le roi de Prusse en question est Frédéric II, une chanson datant de son règne contenant la plus ancienne mention de l'expression. Elle raillait les efforts des Français qui avaient gagné la bataille de Fontenoy (1745) sans obtenir de concessions de la Prusse au traité d'Aix-la-Chapelle (1748), ou ceux du prince de Soubise, qui commandait les troupes alliées contre la Prusse mais qui fut battu à Rossbach en 1757 malgré une écrasante majorité numérique. La guerre, c'était alors comme le football : on pouvait très bien travailler, c'étaient les Prussiens qui gagnaient à la fin... (Retour au texte)

(5) Allusion à l'attentat contre Hitler le 20 juillet 1944. La bombe déposée dans une salle de la Wolfsschanze, son quartier général, ne le blesse que légèrement. (Retour au texte)

(6) Les Italiens avaient envahi l'Éthiopie en 1936, mais en 1941 le Négus Haïlé Sélassié est rétabli par les Anglais. Mussolini a été renvoyé par le roi Victor-Emmanuel III en 1943 mais rétabli par Hitler. La fin de son règne le réduit à un rôle de fantoche (Gugus est le surnom du clown Auguste). Il est exécuté le 28 avril 1945. La chanson n'y faisant pas allusion, elle est sans doute antérieure. Si elle a été conçue pour un banquet des "Djoyeux" au mois de mars, ce ne pourrait être qu'en mars 1945. (Retour au texte)

Le vrai pudding anglais

Air : God save the King (Haendel)

La recette du pudding sur l'air du God save the King : une chanson que m'a apprise in illo tempore non suspecto mon amie Lulu Minguet. Bien avant donc que Charles ne devienne roi... il était paraît-il surnommé dans son enfance "Plum Pudding". Ah ! les méchantes langues de la cour... La chanson continue à ravir mes amis et, je l'espère, les siens ! 

                Le vrai pudding anglais

                Est un excellent mets,

                         Un peu épais.

               Il faut le faire avec

               Cent gramm's de raisins secs,

        Un' livr' de graiss' de rognons d'bœuf,

                    Du lait et un œuf.

Préparation du pudding par la reine Elisabeth II et le prince Charles

La reine et le prince Charles faisant leur pudding. Image de Hello Magazine

Pudding
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