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Bibliographie

 

Voir aussi : biographie, Textes, Presse

 Bibliographie complète :

fictions (romans, nouvelles, apologues...), essais historiques, dictionnaires, livres collectifs et divers

 

Présentation des livres :

quatrièmes de couverture, dossiers de présentation, résumés...

Chaque livre de la bibliographie complète ou partielle propose également un lien vers sa présentation

 

Principaux livres :

 

Quelques romans...


La Faute des femmes, Les Éperonniers, 1989 (Prix Rossel)

Le Dit des béguines, Denoël, 1993

Le Frère à la bague, Le Rocher, 1998, Labor, 2006

L’ange des larmes, Calmann-Lévy, 2010

Emprises, maelström, 2023

   

Quelques essais...

 

Histoire du scandale, Albin Michel 2018.

Histoire de la pudeur, 1986; Perrin, 1999; Pluriel Hachette

Une mystique sans Dieu, Albin Michel, 2015

Histoire du célibat et des célibataires, Fayard, 2004; Pluriel Hachette

Histoire de la conquête amoureuse, Seuil, 2007; Points Seuil

Histoire du couple, Perrin, 2016.

Couverture du roman Emprises
Couverture du roman L'Ange des Larmes
Couverture du roman L'Âme du corbeau blanc
Couverture du roman La Faute des Femmes

Bibliographie complète

Romans, nouvelles, apologues

* La faute des femmes - Les Éperonniers, 1989; Belgique Loisir, 1990; Les Éperonniers, coll. Passé/Présent, 1999; Prix Rossel 1989

 

* Le Troisième Testament - Les Éperonniers 1990; Prix Marcel Lobet (A.R.E.W.) 1991

 

* Écrit en la secrète - Apologues - Les Éperonniers, 1992

 

* Le dit des béguines - Denoël, 1993; Bourse Thyde Monnier de la S.G.D.L., 1993

    trad. allemande : Der verwundete Vogel , trad. Angelika Weidmann, Münich, Knaur, 1995.

 

* Le secret de la sibylle - Rocher, 1996

    tr. portugaise : Osegredo da sibila , Lisboa, Livros do Brasil, 1998. Tr. João Costa.

 

* Le chanteur d’âme - nouvelle, Le Rocher, 1997.

 

* Sans témoins - Zulma, 1996.

   Éd. 2000, 1997; Le livre du mois, 2003.

 

* Le frère à la bague  - Le Rocher, 1999 - édition de poche : Labor, 2006

 

* Le Roi rebelle  - Apologues - Michel de Maule, 2000, avec une lithographie de Tudor Banus.

 

* Le Testament de sable - nouvelle, Le Rocher, 2001.

 

* Requiem pour un ange tombé du nid - Fayard, 2001

    Prix Gauchez-Philippot, 2002

 

* L’arpenteur de mémoire - Fayard, 2002

 

* La bonne conscience - nouvelle, Promotion des lettres belges, 2002.

 

* Sherlock Holmes et le Secret des Lettres - ("Le chanteur d’âme", "Le Testament de sable", "La     Rectificatrice"), Le Rocher, 2003.

 

* L’homme fougère - Fayard, 2004

 

* Le marchand d’anges, contes, Le Grand Miroir, 2008.

 

* L’ange des larmes, Calmann-Lévy, 2010.

 

* Fermé pour cause d’apocalypse, Pascal Galodé, 2013 (coll. "Le K")

 

* L’âme du corbeau blanc, maelstrÖm, 2019.

 

* Rituaire, Le Taillis Pré, 2020.

 

* Le Nouvel An cannibale, maelstrÖm, 2021

 

* Légendaire, Le Taillis Pré, 2022.

 

* Emprises. Les contes du père Susar, maelstrÖm, 2023

 

* Belgiques, Ker Éditions, 2024.

 

Essais

* Genèse des mètres gallo-romans (IXe-XIe siècles), mémoire de philologie romane, 1978.
(professeur titulaire : Madeleine Tyssens)

 

* Histoire de la pudeur  - Olivier Orban 1986; France Loisir 1987; Hachette (coll. Pluriel) 1987,     1997; Librairie académique Perrin, 1999

  Prix Théroigne de l’Académie française; Prix des jeunes talents de la Province de Liège

  Trad. portugaise (Ed. Teorema, 1990), Historia do pudor .

  Trad. japonaise (Ed. Chikuma Shobo, 1994)

  Trad. russe (Progress Academy)

  Trad. allemande, Nacktheit und Prüderie, eine Geschichte des Schamgefühls , tr. Thorsten Schmidt, Weimar, Verlag Hermann Böhlaus Nachfolger, 2001.

  Trad. coréenne, Séoul, The éditor Publishing

  Trad. chinoise (Tai-Wan), éd. Yuan-Liou, 2005

  Trad. Chinoise (Chine), CITIC Publishing House, 2006

 

* La Naissance interdite  - Olivier Orban 1988

 

* Histoire morale et culturelle de nos boissons - Laffont, 1991

 

* Du flambeau au bûcher : Magie et superstition au moyen âge - Plon, 1993. 

   Traduction : Allemagne : éd. Artemis & Winkler (Münstergasse, 9, CH-8001 Zürich);

   Düsseldorf, Walter, 1995 : Von der Fackel zum Scheiterhaufen : Magie und Aberglaube im Mittelalter .

    Magie und Aberglaube im Mittelalter : Von der Fackel zum Scheiterhaufen.  Éd. Patmos Paperback, 2003

    Espagne : Éditions Anaya et Muchnik, De la antorcha a la hoguera , 1997.

    Portugal : éd. Dom Quixote, Da Chama à Fogueira, Magia e Superstição na Idade Média ,

    1999.

 

* Histoire des cafés et des cafetiers  - Larousse, 1993

 

* Histoire du mariage en Occident - Lattès, 1995;  Hachette, coll. Pluriel, 1998.

    Traduction tchèque : éd. Volvox Globator, en cours

    Traduction portugaise : História do casamento no Occidente , Lisboa, Temas e debates, 1999

    Traduction chinoise : China Renmin University Press, 2008 ; Shangaï Culture Publishing House, 2020.

 

* Le mysticisme athée  - Le Rocher, 1995

 

* Les sept vies de maître Eckhart  - Biographie, Le Rocher, 1997

 

* Histoire du sentiment amoureux  - Flammarion, 1998

 

* Voyage autour de ma langue - Essai sur la langue française, Les Belles Lettres, 2001

 

* Histoire du célibat et des célibataires, Fayard, 2004; Hachette, collection Puriel, 2007

   trad. italienne Orsola Severini, Camilla Diez, Maria Alba Fasolo, Giovanna Milano, Rome, Valter Casini, 2006.

   trad. coréenne : éd. Imago (Séoul), en cours

   trad. russe : éd. NLO, Moscou, 2010

 

*Gautier Le Leu, Dieu et le Pêcheur, adaptation et présentation J.C. Bologne, Éditions Rhubarbe, 2007.

 

* Histoire de la conquête amoureuse - Le Seuil, 2007, collection Points Histoire, 2010 (sous le titre : L’invention de la drague).

    trad. polonaise : éd. Naukowa, 2012 (Ireneusz Sakowski)

    trad. russe : éditions Text, 2009

    trad. italienne : éd. Angelo Colla, 2008 (trad. A. Tomei)

    trad. portugaise : éd.Teorema, 2009 (trad. Telma Costa)

    trad. turque : éd. Dost, 2011(trad. Erkan Ataçay)

    trad. roumaine : éd. Nemira, 2009

    trad. grecque : éd. Polytropon, 2009 (trad. Giannès Kaukias)

    trad. chinoise (Chine populaire) : éd. Jiangxhi Education publishing house, (prév. 2018)

 

* L’Amour, avec Elisa de Halleux - Flammarion / Carnets du Louvre, 2008

    trad. anglaise : Flammarion / Carnets du Louvre, 2008

 

Pudeurs féminines, Seuil, 2010.

    trad. russe : éditions Text, 2014

    trad. chinoise (Chine populaire) : éd. Jiangxhi Education publishing house, (prév. 2018)

 

La coquetterie masculine, Perrin, 2011.

 

Histoire de l’hôtel de Massa, SGDL, 2012.

 

Une mystique sans Dieu, Albin Michel, 2015.

 

Histoire du couple, Perrin, 2016 ; Pocket, coll. « Agora », 2019.

trad. espagnole : éd. Luna Libros et Fondo de Cultura Economica, 2017 (trad. Elisabeth Lager y Emma Rodríguez)

 

Histoire du coup de foudre, Albin Michel, 2017.

Histoire du scandale, Albin Michel, 2018.

 

Dictionnaires

* Les grandes Allusions, Dictionnaire commenté des expressions d’origine littéraire (Les allusions littéraires)  - Larousse 1989, rééd. 1999 et 2005.

 

* Dictionnaire commenté des expressions d’origine biblique (Les allusions bibliques)  - Larousse 1991, rééd. 1999 et 2005.

 

* Une de perdue, dix de retrouvées (Les sept merveilles)  - Larousse, 1994, rééd. 2004.

 

Qui m’aime me suive, dictionnaire commenté des allusions historiques - Larousse, 2007.

 

Livres collectifs

* Alain Pouillet, L’embarcadère , Lyon, 1993, "Temple"

 

* L’année nouvelle , Canevas, Les Eperonniers, L’instant même, Phi, 1993, "Le collectionneur".

 

* Qu’est-ce que la littérature érotique , "L’érotisme essentiel", Zulma, 1993.

 

* 131 nouvellistes contemporains par eux-mêmes , Festival de la Nouvelle de Saint-Quentin, Manya, 1993, "L’apologue".

 

* Dernières nouvelles de King-Kong , Zulma, 1994, "Un ancêtre oublié de King-Kong."

 

* L’affaire Grimaudi , roman collectif, groupe Ecritures, Rocher, 1995.

 

* Louis Hap, histoire d’une rue , "La Bête", Bruxelles, Icarus, 1995.

 

* Regards sur l’invisible , textes littéraires inédits sur le thème de la mort, "Les passeurs de vie", CAM - Les Eperonniers, 1995.

 

* Nouvelles habillées plus une déshabillée , Hachette, 1996, "La houppelande".

 

* Demain les momies , Rocher, 1996, "La légende d’Egide l’Hagiophage", Rocher, 1996.

 

* "Le chocolat dans la littérature française des XIXe et XXe siècles", dans Chocolat, de la boisson élitaire au bâton populaire, XVIe-XXe siècle , catalogue CGER, 1996.

 

* "Du sacré à l’intime", dans Le baiser , Éd. Autrement (collection Mutations, N° 169), 1997. Trad. en brésilien 1998, "Do sagrado ao íntimo".

 

* Le bel aujourd’hui , Cadex, 1997, "Les deux paradis", p. 107.

 

* Coups de cœur à Thomas Owen , Lefrancq, 1998, "L’alphabet de feu"

 

* "Le triomphe des apparences", dans La Séduction , Éd. Autrement

 

* Bélgica hoy : Antología de la novela corta , Universidad de Las Palmas de Gran Canaria, 1998. "El colleccionista" ("Le collectionneur, tr. Donato Plumariega Sañudo).

 

* Des dragons et des Georges , Mons, La lettre Volée, 2000. "Le regard du dragon".

 

* Une anthologie de l’Imaginaire , arcane cinquième, éd. Rafael de Surtis, coll. "Pour une Fontaine de feu", 2001. "L’amour sidéral".

 

* Le chevalier sans nom  - "Sans titre", Nestiveqnen, 2001 (Coll. Nouvelle Donne).

 

* Quelques songes de Prométhée  , Rocher, 2001, pp. 29-41 : "Les trois pierres"

 

* Compartiment auteurs , SNCB, 2002, "Le retour", pp. 10-12.

 

* Chaumont nouvelles fictions , Le Pythagore, 2002, pp. 36-42 : "L’école des anges".

 

* A-B-Cédaire porcinophile , Éditions Virgile, 2003. "K comme Kukéon".

 

* Drôles de plumes , éditions Moulinsart, 2004. "Les disparus du tracé royal".

 

* L’auteur et son libraire, Devillez, 2006, « Paysage avec et sans libraire ».

 

* Le XIe, tout un roman, "Un chemin vert teinté de rouge", éd. Art et poésie, 2007.

 

* A-B-Cédaire liquidophile, Éditions Virgile, 2007 : « Rogomme et Gomorrhe ».

 

* Dragons, Calmann Lévy, 2008. « Le dragonneau anorexique ».

 

* Anthologie du roman historique, Bruxelles, Le cri, 2008 (extrait du Frère à la bague).

 

* Le monstre n’est pas celui qu’on croit, Atelier d’écriture du Jeune Écrivain, Rhubarbe, 2011, « L’encyclopédie de mon peuple ».

 

*Liberté d’expression en Europe et en Méditerranée, censures visibles et invisibles, Calliopées, 2012, « La censure du réel », p. 121-127.

 

* Voyage à l’île Paria, Atelier d’écriture du Jeune Écrivain, Rhubarbe, 2012, « La grande gueule de bois ».

 

* Jardin des délices, jardin des supplices, Atelier d’écriture du Jeune Écrivain, Rhubarbe, 2013, « Le jour où je suis vraiment né », p. 67-72.

 

* Achève-moi ! À la folie, six nouvelles inédites et leurs suites, Luce Wilquin, 2013. « Le président hennissant », p. 15-20.

 

* Mon royaume pour un livre, Castor astral, 2013. « La petite Antigone murée au fond de moi », p. 33-43.

 

* Je vous écris d’une ville invisible, Atelier d’écriture du Jeune Écrivain, Rhubarbe, 2014, « La décharge aux objets rouges », p. 7-11.

 

* Le Chant du monde, Atelier d’écriture du Jeune Écrivain, Rhubarbe, 2015, « Le datu et le punong pampukook », p. 85-91.

 

* Le peuple des lumières, Ker éditions, 2015 (coll. Double jeu), « L’homme au Dieu inconnu », p. 57-67.

 

* Lignes de vie, Castor Astral, 2015, « Le livre d’où je viens ».

 

* Le livre invisible, Castor Astral, 2017, « Écrit sur une page invisible ».

 

* Livres en vie, Atelier imaginaire, 2017, « Bonds et rebonds », sur une photo de Jean-Marc Godès

 

* Dictionnaire des mots en trop, éd. Thierry Marchaisse, 2017, « Dieu », « Trop ».

 

* Repousser l’horizon, PJÉ, 2018, « Devoir de vacances », p. 71-72.

 

*« Les variants et invariants de la relation amoureuse », in : Amour, une histoire des manières d’aimer, catalogue de l’exposition au Louvre Lens, Paris : Liénart, 2018, p. 100-103.

 

* « L’engagement de l’Église dans le mariage, approche historique », in : Les Églises face aux évolutions contemporaines de la conjugalité, Strasbourg : Association des Publications de la Faculté de théologie protestante (Travaux de la Faculté de théologie protestante, n° 18), p. 19-38.

 

* #balancetavie, Ker éditions, 2019 (coll. « Double Jeu »), « Le printemps noir de Pedro », p. 157-165.

 

* « Les traducteurs du silence, In armariolo et in antisma », Apulée, n° 4, 2019, p. 43-47.

Publications de nouvelles et de poèmes dans plusieurs revues (Utopia, Nouvelles nouvelles, Nouvelle donne, Frank, Le Horla, Marginales, Les Feuillets du Spantole, Écrits vains, Le Chalut,  Élan, La Pensée wallonne... )

Essais
Dictionnaires
Collectifs

LIVRES PUBLIÉS

 

 

Fermé pour cause d’apocalypse, roman, Pascal Galodé, 2013 (collection "Le K").


         Léon-Joseph Massoulat, après sa mort, arrive en enfer. Il découvre d’étranges lieux, en trompe-l’œil, des décors de théâtre sur plusieurs niveaux, formés de toutes les représentations imaginaires que l’humanité s’est forgées sur l’outre-tombe. Mais ce Léon-Joseph, de son vivant redoutable syndicaliste, pose la question la plus saugrenue : cet enfer est-il aux normes de sécurité, et d’accès facile aux personnes à mobilité réduite ? Ce problème sème le désordre dans l’au-delà. Du portier Sabnac au puissant Baalbérith, du brigadier Cattiminus à l’huissier Tutivillus, de la taverne de Kobal au réseau Facebouc, on discute ferme, à coups d’arguments théologiques et de rappels au code de la construction. D’autant plus que l’Apocalypse semble imminente, et que Dieu lui-même s’en mêle : n’est-il pas temps de laisser aux hommes la gestion de leur monde ? Cette fable, aux allures de farce drolatique, savante mais burlesque, prend peu à peu la dimension d’un suspense métaphysique, et surtout du drame intime d’un humain confronté à son passé, à sa responsabilité devant l’univers.

Le troisième Testament, Roman, Les Éperonniers, 1990, Prix Marcel Lobet 1991


         Qui a tué Agnès, l’"ingénue" de la Compagnie des Anges ? Pour le savoir, il faudra comprendre comment est morte Belît, la grande-prêtresse mésopotamienne, pourquoi Faustulus a tué son fils, et Isis, son dieu... Sylvain, jeune Liégeois qui traverse candidement les pièges et les perversions de la société parisienne, ne comprend rien à ce qui se passe. Mais parce qu’il est particulièrement sensible aux rapports de force et aux tensions dans la troupe théâtrale qui l’a accueilli, il restituera sans le savoir, dans les nouvelles qu’il écrit, tous les éléments psychologiques qui permettront à l’inspecteur de débrouiller l’affaire.

Ce qui l’intéresse, pourtant, c’est de comprendre les causes et les implications de son départ pour la capitale, à travers le mythe de l’enfant exposé sur les eaux et recueilli par un berger, une magicienne ou une reine. Les légendes de Sargon, roi accadien du XXIIIe siècle av. J.C. confié à l’Euphrate; de Romulus et de Remus, recueillis sur le Tibre par le berger Faustulus; de Moïse sauvé des eaux, ou du dieu Thôt repêché dans le Nil par Isis la magicienne, sont autant d’explorations intérieures qui lui permettent de définir sa propre quête; autant de miroirs déformants où se reflète son entourage. Parce qu’il ne voit la vie qu’à travers le filtre de l’histoire; parce qu’il privilégie spontanément le meurtre rituel sur le crime crapuleux, il obligera l’inspecteur à envisager sous un nouvel angle l’assassinat d’Agnès.

Ni roman policier, ni roman historique, ni roman philosophique, le récit devient une défense et illustration de l’écriture et du rêve. La quête intérieure de Sylvain débouchera sur le mysticisme athée pour lequel est mort un homonyme, l’année de sa naissance. Et la réalité soudain rattrape le rêve...

La Faute des Femmes, roman - 1989, Éditions des Éperonniers, Prix Rossel 1989

 

          "Tu es la faute des femmes. Tu as tâché de retenir le Seigneur en l’enfermant dans un linge blanc, dans un drap d’amour image déjà de son linceul. Et tu es restée image, immobile et figée tandis qu’il continuait sa route." Véronique se plaint d’être la femme toujours abandonnée, comme la sainte qui emprisonna le visage du Christ au lieu de le suivre jusqu’au bout de son Calvaire. Mais est-ce sa faute si, devant un amour reçu comme une gifle quand elle pensait avoir atteint l’âge de l’apaisement, elle a eu le vieux réflexe de la femme soumise ? Christophe, si jeune, si beau, incarne ce bonheur immaculé auquel elle avait renoncé de rêver. Pour le garder chaque jour jusqu’au lendemain, elle abdique. Vivre pour l’autre, par l’autre, jusqu’à s’anéantir : voilà la faute des femmes, résumée dans cette Véronique de la légende biblique qui n’est plus une femme, mais un cadre à la Sainte Face qu’elle a dérobée.

         Pour comprendre, pour survivre à la rupture devenue inévitable, Véronique interroge les femmes qui ont jalonné sa vie; celles qui, comme elle, se sont perdues dans un amour trop absolu. Edith (Piaf), triomphe de la femme, qui connut avec Théo un amour complémentaire à celui de Véronique pour Christophe. Julia (Daudet), à la fois plénitude et regret de la femme, qui réussit à équilibrer son amour, mais au prix de ses propres ambitions littéraires. Maria-Ana (Alcoforado), sacrifice de la femme, payant toute sa vie le bonheur d’avoir été un jour la "religieuse portugaise". Et jusqu’à cette mystique flamande qui sut du sacrifice suprême tirer le su-rême triomphe : vivant au quotidien la présence du Christ, L*** ne pouvait que s’effacer jusqu’à l’anéantissement glorieux au contact permanent de l’infini. Cellule monacale, cécité, jeûne prolongé plusieurs années, voeu de silence, refus de toute pensée, perte de l’identité et du nom... Arrivée au fond d’elle-même, au bord de ce néant qui la terrifie et la fascine, Véronique doit faire un choix. En aura-t-elle la force ?

Écrit en la secrète, Apologues, Les Eperonniers, 1992,  Photos de Philippe Ruelle, Préface de Werner Lambersy

 

         "Écrire en la secrète : Sceller du sceau secret." L’usage d’un sceau principal s’étant lui-même perdu, la secrète n’a sans doute plus de raison d’être... Sinon celle de désigner aux amis - tout lecteur ne l’est-il pas ? - les écrits qui viennent du fond du coeur. Tels sont ces apologues.

         "Petite fable visant essentiellement à illustrer une leçon morale", hasarde Robert. "Allégorie comportant un enseignement de caractère souvent moral", surenchérit Larousse. Tout est dans "essentiellement" et dans "souvent". Si, selon la définition, cette fois, de La Fontaine, "le corps est la fable, l’âme est la moralité", ces apologues se veulent résolument charnels. Ils sont nés du simple plaisir de conter, de débrider un instant l’imagination entre deux voyages dans un gros livre. Petites explosions de joie intellectuelle ou sensuelle, qui sont au roman ce que la miniature est au tableau. Portrait d’un être cher caché au fond d’une tabatière, cinq sous de Lavarède ou, tout simplement, galet nacré ramassé sur la plage et enfoui dans une poche, ils n’ont d’autre ambition que l’éclair d’un moment, le sourire fugace.

         Alors, la morale ? Pas d’index levé - ni d’auriculaire - peut-être le pouce, pour ne pas garder la main fermée. Mais écrire n’est jamais gratuit, et l’explosion, même de joie, peut blesser. Il n’y a pas de leçon prédigérée à retirer de ces apologues. Leur éclair n’est pas celui de Dieu écrivant d’un doigt de feu les commandements du Sinaï, mais celui du photographe qui révèle dans l’obscurité le visage de qui le regarde. Leur voix n’est pas la brillante sonate dont les milliers de notes s’évanouissent au sortir du piano, mais le son isolé d’une cloche qui résonne longuement dans un vallon retiré. Leur appel n’est pas une porte large comme un chas d’aiguille, mais une clé qui s’adapte à chacun de nous. L’Évangile les aurait appelés paraboles; le moyen âge, exempla; la Renaissance, emblèmes; l’âge classique, fables... Chaque époque a senti le besoin de courts textes symboliques à portée morale. La différence, c’est que ces apologues ne contiennent pas une morale, mais autant de morales qu’ils compteront de lecteurs. Et chacun d’eux se sent près à accueillir mille milliards de morales.

Le dit des béguines, Plon, 1993.

Bourse Thyde Monnier de la S.G.D.L., 1993.

 

         Il est étrange, cet oiseau. De mémoire d’homme, on n’en a jamais vu de pareil. Ses apparitions mystérieuses intriguent, et focalisent les fantasmes de chacun : pour les uns, c’est une figure du Christ; pour les autres, un émissaire du diable; pour le sceptique, un oiseau exotique perdu par un jongleur; pour le mystique, la renaissance perpétuelle de l’espoir mis à mort par l’hydre humaine.

         Reste que depuis qu’il est apparu à Saint-Aubain, en mars 1176, les malheurs ne cessent de s’amonceler. Ils ont même une propension à se concentrer sur la famille de Jehanne... Alors, tout le monde, dans la région, se pose la même question : qu’a-t-elle fait pour mériter ces châtiments divins ? Pourquoi, aussi, Lambert le Bègue, accusé d’hérésie mais évadé de Revogne, s’est-il réfugié dans la bourgade ? Songe-t-il déjà à fonder ces "béguinages" qui porteront son nom, ces petites communautés mi-laïques, mi-religieuses ? Accueilli par son ancien maître Evrard, il est accompagné d’un disciple exalté, Guy, qui veut connaître tout de suite, même au prix de la mort, la sainteté à laquelle il se sent appelé. Et si tous étaient porteurs, chacun à sa manière, de l’oiseau blessé qui hante les esprits ?

         Ce roman de Jean Claude Bologne, au delà du romanesque de l’histoire, est surtout l’étude de Liège à la fin du XIIe siècle. A travers un personnage caractéristique - Lambert le Bègue, revendiqué comme fondateur par les béguines liégeoises - il montre les réactions d’une société en état de crise face à une évolution trop rapide de l’Histoire. Le problème de la principauté de Liège, majoritairement francophone mais dans la mouvance de l’empire germanique, est abordé, mais surtout celui de la multiplication de mouvements évangélistes ou hérétiques, l’apparition de nouvelles formes de piété qui provoque une crise religieuse, grave et dramatique.

         À travers les problèmes d’une société en gestation, on retrouve ceux de notre temps. Dans un village imaginaire d’Ardenne, Saint-Aubain, ou dans une grande ville d’Empire comme Liège, les angoisses et les problèmes sont les mêmes. Techniques nouvelles, floraison d’idées hardies, corruption des dirigeants, peur du lendemain... Et les réactions semblables : émergence d’hommes neufs qui ont traversé la mort pour ressusciter le futur, ou repli frileux sur une communauté riche au moins de sa chaleur animale.

         Et si l’espoir et la peur s’incarnaient en deux animaux mythiques, l’Oiseau blessé et l’Hydre humaine, échappés au mystérieux Livre de la destinée ? L’espoir : l’homme de la ville, Lambert, et la femme délivrée du village, Jehanne, émergent de la confusion générale. Ensemble, ils fondent de petites communautés mi-laïques, mi-religieuses, qui deviendront les béguinages. Mais l’hydre humaine née avec l’oiseau de l’espoir exige aussi son tribut : Guy, l’éternel adolescent hésitant devant les choix fondamentaux de la vie. Jehanne, en quête de l’oiseau; Guy, fasciné par l’hydre : les deux disciples ne savent pas qu’ils font partie du même Livre...

Requiem pour un ange tombé du nid, roman, Fayard, 2001.

 

         L’idée à l’origine de ce roman était de construire un roman policier à l’envers : au lieu de chercher le coupable, le lecteur serait invité à rechercher la victime. J’ai choisi un milieu fermé, celui de cadres dans la filiale française d’une multinationale informatique. Une mort inexpliquée survient dans le service et la famille en attribue la responsabilité à l’équipe. L’année 1999-2000, dans laquelle se noue le drame, nous est connue par les souvenirs lointains d’un collègue victime d’un accident cérébral, et qui a du mal à reconstituer ses souvenirs, et par des extraits d’un roman qu’un autre a consacré à l’affaire, en changeant les noms des protagonistes. C’est dans le jeu entre les deux écritures et les deux séries de nom que le lecteur est convié à retrouver la victime et à reconstituer l’affaire.

         Mais s’il y a eu responsabilité collective, il n’y a pas eu meurtre au sens judiciaire, et c’est dans l’ambiance du bureau que réside la clé. J’ai donc commencé dans l’esprit d’un roman de mœurs, qui tente de reconstituer l’esprit d’une équipe soudée autour de certains rites, comme les surnoms, les signes de reconnaissance, la place dans les réunions, les "pots" fêtant les promotions, les départs, les arrivées... Petit à petit, on se rend compte que cet univers finit par envahir le quotidien de ces jeunes gens qui se veulent dynamiques : ils restent de plus en plus de temps au bureau, n’ont pas le temps d’entretenir une vie sentimentale stable, sortent de plus en plus entre collègues, partent en vacances et vont au concert dans le cadre du comité d’enteprise, se constituent une culture commune qui leur tient lieu de vie. L’arrivée d’Internet, qui pour les plus jeunes mobilise le rare temps libre qui leur reste, achève de les déconnecter du monde et de les enfermer dans un univers factice, ou virtuel. Il y a donc une satire amusée de cet univers ludique, virtuel, dans lequel nous vivons de plus en plus tout en proclamant la suprématie du réel.

         Un seul tente de conserver un pied en dehors du bureau, et sucite envie et admiration chez ses collègues. Mais lui non plus n’échappe pas à la nécessité de construire son univers, aussi factice que celui du bureau. Le roman s’interroge donc sur les limites entre la réalité et la convention : la réalité existe-t-elle ? Est-elle supportable sans la reconstruction que nous en faisons ? C’est cela, l’ange qui aide chacun à vivre : une image forte à laquelle on croit comme à Dieu, mais qui n’a pas plus de réalité concrète. Ce n’est pas un petit enfant avec des ailes, mais ça peut être une idée forte. Pour le groupe, c’est l’entreprise, un concept impersonnel auquel ils ont tout sacrifié et qui existe parce qu’ils y croient. Pour celui qui veut y échapper, c’est une femme qu’il a idéalisée, et peut-être même inventée de toutes pièces, mais qui lui donne une personnalité qui lui manque par ailleurs. Lorsque ces anges tombent du nid, c’est comme si la vie n’avait plus de sens, le réel n’a plus d’âme, et l’on peut en mourir. Le coupable est celui qui a tué l’ange.

         Pour un écrivain, l’ange est la certitude qu’on est le meilleur de sa génération — sinon, quelle outrecuidance de convertir des arbres en papier, de voler le temps des critiques et des lecteurs, si l’on croit n’avoir écrit qu’une œuvre secondaire ! Et l’on peut aussi mourir de voir notre ange tomber du nid lorsqu’on nous fait remarquer que notre génération est pleine d’auteurs qui se croient les meilleurs.

Sans témoins, roman érotico-théologique, Éditions Zulma, 1996

 

         Dans les Chants de Maldoror , Lautréamont évoque les plaintes d’un bâton oublié dans un bordel - en fait, un cheveu du Créateur venu se débaucher parmi ses créatures. Personne n’avait raconté cette nuit. L’auteur sait de source sûre qu’il l’a partagée avec Thérèse d’Avila. L’érotisme de l’extase mystique est une tradition bien ancrée dans le christianisme comme dans toutes les religions.

         Mais la religieuse n’est-elle pas officiellement mariée au Christ ? Cet adultère avec le Père n’est-il pas de nature à semer la discorde au sein de la Trinité ? Le Créateur l’apprendra aux dépens de ses "témoins" - testis , en latin, signifie à la fois "témoin" et "testicule". Une vieille théorie allègrement racontée par d’austères théologiens médiévaux nous apprend que les testicules tordus que le Père tente de soigner par tous les onguents de Vénus sont l’apanage de l’Antichrist. Et nous voilà en pleine guerre des dieux. Le Christ, soutenu par son armée (les jésuites), fait la chasse aux testicules paternels, tandis que le Père, allié dans son exil aux dieux antiques, tente de restaurer une religion moins... castratrice. La bataille durera cent ans et ne s’achèvera qu’en mai 1968.

         Entre-temps, on aura expliqué bien des dessous de l’histoire, de l’émergence du léninisme à l’est à celle des golden-boys à l’ouest. On aura assisté à d’épiques orgies entre dieux, dans une crypte reconvertie ou dans une papymobile endiablée. On se sera demandé, plus gravement, si la castration des créateurs n’est pas un phénomène culturel de notre époque auquel il serait temps de réagir...

         Blasphématoire ? Oui, si le blasphème est bien le "présage d’une nouvelle naissance", comme le veut son étymologie (du grec blastos , "bourgeon", et phêmê , "présage")... Dans l’affrontement de deux mondes naît un troisième - le nôtre, si nous le voulons. Et dans cette querelle intime entre le Père et le Fils, la troisième personne de la Trinité reste sagement absente. Car "tout péché ou blasphème sera remis aux hommes, mais le blasphème contre l’Esprit ne sera pas remis."

Le Chanteur d’âme, Le Rocher, 1996.

 

         Prenez un cerveau parfait comme celui de Sherlock Holmes; ajoutez-y un médecin, le docteur Watson. Vous obtenez un duo d’une efficacité éprouvée pour résoudre les affaires criminelles classiques. Corps et âme, matière et esprit. Que leur manque-t-il ? Le petit grain de folie, de poésie, qui transforme en quête leur enquête. C’est ce que j’ai voulu leur donner grâce à un troisième larron, Charles Cros, poète et génial inventeur mort en 1888 à l’époque où Holmes commence à faire parler de lui. À eux trois, ils perceront le mystère le mieux gardé de la diplomatie vaticane : pourquoi une équipe de cardinaux est-elle prête à tout pour retrouver les tessons de mystérieux vases contemporains du Christ ? Sur les pas d’un garde suisse terrorisé par le secret dont il est malgré lui dépositaire, sur les traces d’un potier légendaire témoin d’une révélation inconnue, ils se retrouveront face à eux-mêmes dans un monastère en ruines de la mer Morte.

Sherlock Holmes et le secret des lettres, récits, Le Rocher, 2002

 

         Ce livre reprend trois nouvelles, dont deux parues aux éditions du Rocher sous le titre Le Chanteur d’âme (1997) et Le Testament de sable (2001).C’est en hommage aux personnages de Conan Doyle, mais surtout sur des thèmes qui me sont chers depuis mes premiers livres, que j’ai conçu ces trois récits à mi-chemin entre le pastiche et le conte initiatique. J’ai toujours été fasciné par les couples de personnages (Holmes / Watson; don Quichotte / Sancho Pança...) qui résument la dualité de notre monde moderne : une intelligence supérieure, ou un idéaliste méprisant les valeurs matérielles, et un bon vivant. A ce couple corps / âme, le moyen âge, qui m’a formé intellectuellement, ajoutait une troisième dimension : l’esprit. Comment incarner cet "esprit", quand on revendique, comme moi, son athéisme ? A travers un poète, qui ne réduit pas son inspiration à l’intelligence ni aux sens corporels. J’ai donc voulu confronter les célèbres détectives à des poètes français de leur temps : Cros, Lautréamont, Rimbaud, Jarry...

Le secret de  la sibylle, roman, Editions du Rocher, 1996

 

            La sibylle ? Une vieille légende qui ne nous concerne plus. C’est ce que pensait Daniel, jeune représentant fier de sa réussite. Même sa femme est devenue "confortable". Mais la peur entre chez lui le jour où il achète une miniature médiévale symbole de son ascension sociale. Tous les collectionneurs de feuillets arrachés au même manuscrit ont été cambriolés de manière inexplicable. Soupçonné de complicité, le voilà contraint d’enquêter de son côté, aidé par le détective d’une compagnie d’assurance et l’inspecteur chargé de l’enquête.

         Un univers étrange se révèle à eux, celui d’un manuscrit aux mystérieux pouvoirs, enluminé selon des techniques empruntées aux grimoires médiévaux. La légende de la sibylle, qui a brûlé les livres de la sagesse faute d’en obtenir un bon prix, s’incarne sous leurs yeux : c’est désormais sur ces livres détruits que va se focaliser leur quête. Obsédé par sa miniature et par son angoisse, Daniel ne voit pas sa femme s’éloigner de lui, puis le quitter. Son effort pour la rejoindre va le transformer profondément.

         Mais les deux quêtes - celle de la sibylle mythique et celle de la femme perdue - ne sont-elles pas étroitement liées ? La sibylle n’est-elle pas d’abord la voix qu’on n’a pas voulu écouter en nous... et celle de la femme partie parce qu’on ne l’entendait plus ? Pour entendre cette voix résonner en lui, Daniel devra parvenir au vide intérieur, d’abord par l’expérience brute du néant, puis en traquant toutes les peurs que la société moderne a mises en lui. Quand il sera réconcilié avec lui-même, il sera prêt a rencontrer "sa" sibylle... qui lui réservera d’autres surprises.

         Sur le modèle des romans initiatiques, mais prenant ses distances avec l’ésotérisme nébuleux qui encombre les bazars de la spiritualité, ce récit voudrait rappeler la dimension mythique des grandes questions que se pose la société moderne. Confrontés à des contes initiatiques, les trois personnages, qui évoquent les trois aspects fondamentaux de l’homme (corps, âme, esprit), vont chercher en eux-mêmes à formuler les questions et à définir les réponses. Ils découvrent que la vérité n’est qu’un grand livre blanc que chacun doit récrire à son usage.

Le Testament de sable, Le Rocher, 2001.

 

         Au retour de leur expédition en Terre sainte, Sherlock Holmes raconte au docteur Watson comment il a rencontré Charles Cros, qui appartenait à la même confrérie que Lautréamont, celle des Terminateurs. Cet ordre spirituel possède certains livres d’une nature particulière qui, sous l’étiquette générique de "Testament de sable", sont transmis de génération en génération, peut-être depuis les paroles inscrites par le Christ sur le sable dans l’épisode de la femme adultère. Mais l’exemplaire de Lautréamont contenait des informations sulfureuses sur la famille impériale russe, et les services secrets du tsar sont prêts à tout pour le récupérer. Il a été déposé dans un couvent de la région parisienne, où se noue alors une étrange affaire...

L’arpenteur de mémoire, Fayard (coll. Alter Ego), 2002.

 

         C’est dans le cadre d’une collection d’autobiographie fictive  que j’ai écrit ce roman : quel personnage aurais-je été à une autre époque ? Pour le médiéviste, pas de doute : c’est au XIIe siècle que je serais né. Pour l’athée, naître dans un monde totalement chrétien, c’est partir à la quête de Dieu à travers le monde... et en soi-même. Mon narrateur, aidé de son écuyer, a l’idée de tracer vers l’infini deux sillons parallèles avec l’espoir qu’ils se rapprochent et se rencontrent. Mais s’il croit arpenter un monde médiéval, plat jusqu’à l’abîme entourant l’Océan, le lecteur moderne, au contraire, identifie des continents que le voyageur ne peut connaître. On se rend compte qu’en allant droit devant lui, sur une terre sphérique, il reviendra sur ses propres pas. Mais transfiguré : celui qui ne regardait que son sillon à son départ a appris à s’ouvrir au monde, et aux autres. En même temps, j’ai voulu que ce voyage initiatique se situe à l’intérieur de lui-même, des pieds à la tête, parce qu’on ne peut s’ouvrir à l’autre sans se connaître soi-même. Et si Dieu, c’était l’autre ?

Le frère à la bague, Le Rocher, 1998. Poche : Labor, 2006.

            "J’ai deux fils qui sont tous deux fous, l’un fou de dévotion et l’autre fou pour les vers et pour le théâtre", disait François Arouet, petit notaire devenu receveur alternatif et triennal des épices, vacations et amendes de la Chambre des Comptes à Paris.

         Le cadet, François-Marie, entrera dans l’histoire sous le nom de Voltaire. Quant à l’aîné, Armand, il prend sagement la succession de son père comme trésorier de la Chambre des Comptes. Il passe toute sa vie dans son logis de fonction, dans le Palais de la Cité, face à la Sainte-Chapelle. Et il se perdra à jamais parmi les anonymes de l’histoire.

         Sa folie de la dévotion ? Après un passage rapide au séminaire, il semble l’avoir oubliée. Pourtant, lorsqu’en 1732 éclate l’affaire des convulsionnaires de Saint-Médard, elle l’enflamme à nouveau pour ces mystiques et ces escrocs qui accomplissent de spectaculaires miracles sur le tombeau du diacre Pâris. Et lorsque l’autorité civile intervient, ferme le cimetière de Saint-Médard et pourchasse les convulsionnaires, Armand leur ouvre les portes de son hôtel.

         Dans le Palais de la Cité ont alors lieu les séances les plus surprenantes, guérisons inouïes, lévitation, insensibilité au feu ou aux coups d’épée... Le receveur des épices signe de sa main les comptes rendus déposés devant notaire, tandis que son frère Voltaire se répand en bons mots et épigrammes contre le fanatisme.

         Comment est vécue cette étrange fraternité entre le philosophe et le dévot ? Très mal, bien sûr. Voltaire est l’élève des jésuites; Armand des jansénistes. L’un se prétend fils d’un poète qui séduisit la belle notairesse; l’autre est le digne héritier d’un père despotique et brutal. L’un renie son nom et s’adonne aux lettres; l’autre assure la survivance d’une charge dévolue aux chiffres. L’un court de femme en femme et de logis en logis; l’autre se replie, célibataire endurci, sur l’hôtel familial. L’un cherche la reconnaissance de l’histoire; l’autre, celle de son temps.

         Mais de ces deux fous en quête d’un ciel différent, qui est la nuit et qui le jour ? Pourquoi, s’ils se haïssent si cordialement, éprouvent-ils le besoin de convaincre, de sauver l’autre ? Pollux, dit-on, partagea son éternité de dieu avec son jumeau Castor, fils d’un mortel et voué à la mort. C’est cette fascination pour un monde qui contredit point par point le nôtre que j’ai voulu évoquer en ressuscitant ce couple. C’est en sondant l’enfer de l’autre que chacun va reconnaître le sien. La dénonciation va alors faire place à une interrogation angoissée sur l’éternité, le temps, la mémoire.

         À partir des maigres traces laissées par Armand Arouet dans l’histoire, du volumineux dossier des convulsionnaires et de la pléthorique documentation sur une époque riche en bouleversements, j’ai tenté de composer un portrait qui aujourd’hui encore puisse nous poser les questions essentielles.​

L’Homme-fougère, roman, Fayard, 2004.

 

           Peut-on vivre sans son passé ? Le narrateur, Louis Lefebvre, en est convaincu, d’autant que le sien est plutôt encombrant. Mais lorsqu’un inconnu l’aborde et lui propose de lui racheter sa mémoire à prix d’or, le doute s’insinue en lui. Pourquoi tout cet argent pour quelque chose d’aussi inconsistant que des souvenirs somme toute bien banals ? Est-il possible, de s’en débarrasser en les vendant ? De détruire, comme on réinitialise un disque dur, la mémoire involontaire ? C’est son corps, tout à coup, qui se rebelle : lui aussi a gardé trace du passé.

          Et lorsqu’il se retrouve mêlé au meurtre d’un autre inconnu intéressé par son passé, Louis comprend que sa mémoire est devenue l’enjeu d’un conflit d’intérêts sans merci. Il s’effraie. Le monde, dont il ne s’est jamais vraiment préoccupé, éclate de toute part. Il se voit pris dans un réseau international de terrorisme et de contre-espionnage. Comment sa vie a-t-elle soudain interféré avec le cours du monde ? Le meurtre prend alors une autre dimension : se débarrasser du passé, c’est assassiner le futur. Et Louis Lefebvre est en cela emblématique d’un monde qui, en se coupant de sa mémoire, ne parvient plus à construire son avenir.

          Sous les dehors d’une enquête policière, c’est une réflexion sur l’enfermement d’un homme et du monde dans un présent réduit à la pointe de l’instant que décrit ce roman. Comme la flèche qui n’a pas de raison d’être sans un arc et sans une cible, Louis se retrouve suspendu dans un temps figé, immobile. Sans le savoir, il est devenu le premier personnage fractal de la littérature !

Le marchand d’anges, contes, Le Grand Miroir, 2008.

 

         Et vous, comment changeriez-vous le monde ? Jehan, sur le chantier des cathédrales, taille la pierre de joie, la pierre de douleur. Mais peut-il sculpter la pierre de vie ? Les enfants qui croient aux anges les promènent comme des ballons, mais que se passerait-il s’ils venaient à leur donner vie ? Les personnages de conte peuvent donner forme au néant, mais ils ne le maîtrisent pas toujours. Les forces déchaînées risquent de nous dépasser. Les créatures évoquées finissent par s’incarner. Les martiennes nymphomanes affolent les confesseurs, les momies dépecées réinvestissent d’autres corps, et le roi qui peut-être n’a jamais existé règne plus sûrement dans tous les cœurs. La frontière entre la réalité et le réel est vite franchie, et il n’y a pas de carte routière pour se repérer au pays de l’imaginaire ! Certains osent tourner la page et entrer de plain-pied dans la fiction ; d’autres préfèrent prendre sans joie le dernier train pour le retour. Ils auront au moins fait l’expérience de l’ailleurs. Ils sauront si, au-delà de la vallée de larmes, le soleil existe... même s’il doit affoler et tuer le caméléon qui tâcherait de reproduire sa couleur.

L’ange des larmes, roman,  Calmann-Lévy, 2010.

 

         « Le Christ recolle l’oreille du soldat mutilé et avertit son disciple : celui qui use du glaive périra par le glaive. Cela lui avait toujours semblé absurde : le pêcheur du lac de Tibériade n’avait pas de raison de porter un glaive. Un couteau, en revanche, c’est plausible. Il reste que saint Pierre est mort crucifié, et non par le glaive. Une prophétie du Christ non avérée, cela fait désordre. »

         Parce qu’une faute de l’archange Cassiel empêcha jadis cette prophétie de se réaliser, celui-ci fut condamné à errer en silence parmi les hommes jusqu’à ce que le glaive retrouve son fourreau, jusqu’à ce que le cycle de la violence prenne fin – et que l’expérience humaine parvienne à son terme.

         Sa route va finir par croiser celle de Pierre, un jeune noble révolté pris dans l’exaltation du Paris d’après-Commune. Là, alors même que l’Histoire – à moins que ce ne soit le baron Teragon, l’adversaire diabolique de Cassiel – décide du régime à venir de la France, et plus encore, Pierre va devoir choisir qui écouter, de l’ange des larmes ou du démon, pour accomplir sa destinée…

         Une œuvre forte, à fleur de peau, qui n’est pas sans évoquer Le Maître et Marguerite de Mikhail Boulgakov.

L’âme du corbeau blanc, maelstrÖm, 2019.

 

         Il n’est plus temps de s’inquiéter. Est arrivée l’évidence. Et maintenant ? Repartir de rien ? Non, des enfants ont été protégés. Peu. Sous la garde de quelques adultes. Et puis ? Et puis, il faut de la patience, de l’espoir. La conviction que le niveau de l’acide baissera. Qu’il faudra alors trouver le moyen de franchir ce mur de diamant expansé qu’il leur est interdit d’approcher. Et puis, pour retrouver quoi ? Un discours des origines ?

         Lorsque la plume d’un Jean Claude Bologne s’attache à un genre tel celui du roman d’anticipation, on ne peut s’empêcher, face au vertige qui s’empare du lecteur, d’y lire de curieuses prophéties.

         Et si nous étions condamnés à manger des corbeaux ?

         Et si tout ceci n’était que le rêve éveillé d’un corbeau blanc ?

(Otto Ganz)

Rituaire, Le Taillis Pré, 2020

 

         « Ce matin, nous avons ouvert le Monde. J’aime ce mot que nos ancêtres ont donné à la fosse primordiale, celle du premier coup de pioche asséné à la terre vierge, quand ils fondèrent la cité. J’aime que le tout et le rien portent le même nom » (Mundus).

         Par un acte, par des mots, le rite nous relie à l’homme primordial : en cela, il nous concerne tous. Chaque culture, chaque époque a produit ses rites spécifiques : en cela, chacun est particulier. Mais s’il ne s’incarne pas en chacun de nous, le rite n’est qu’un folklore plus ou moins pittoresque : pour cela, j’ai voulu vivre à la première personne ces vingt-six rites issus du monde entier et de tous les temps, espérant que chaque lecteur les revivra à sa manière. Car chacun nous parle de l’essentiel : notre rapport au monde, à la société, à nous, à l’absolu ou au néant.

Belgiques, Ker Éditions, octobre 2024.

 

Belgiques est une collection de recueils de nouvelles. Chaque recueil, écrit par un seul auteur, est un portrait en mosaïque de la Belgique.

Ces nouvelles plongent à la fois dans l’enfance de l’auteur, dans son imaginaire et dans le e monde de la fiction. Car il se referme sur lui-même, plusieurs nouvelles se renvoyant les unes aux autres, et la dernière refermant la boucle du recueil. Traversés par trois mystérieux personnages qui évoquent, par leur nom, par un détail, les trois archanges  Michel, Gabriel et Raphaël, ces récits interrogent, comme souvent chez l’auteur, la place de la fiction structurante (ici, celle des anges…) dans la vie des personnages – dans la nôtre ?

Légendaire, Le Taillis Pré, 2023

 

          "Il est un peuple dont les doigts sont des couteaux et les dents des hachoirs. Il ne distingue pas la paix de la guerre, la haine de l’amour. Il se méfie des caresses autant que des duels. Il ne parle qu’à mi-mot, mais ne donne que des avis tranchés. Et quand il vous embrasse, il cicatrise les plaies à petits coups de langue."

          Comment s’ouvrir à l’autre, dans ce qu’il a de plus surprenant ? Écouter les arbres nous aidera-t-il à rebâtir dans la croissance un monde ravagé ? N’avons-nous pas tous rêvé d’ajouter aux listes closes un élément qui les outrepasse, une huitième merveille, un sixième sens ? Telles sont les questions que nous posent ces trois séries d’apologues, pour nous inviter à sortir de nos certitudes. « Il est un peuple » se plaît à explorer les formes les plus improbables du vivant. « Ce que content les arbres » invite le rescapé d’une humanité anéantie à inscrire un nouveau monde dans l’écoute de la Nature. « Le roi rebelle » prolonge dans l’imaginaire les expressions stéréotypées comprenant des séries limitées où l’homme d’aujourd’hui ne trouve plus sa place. Entre poésie et petit conte fantastique, l’apologue nous invite à explorer en nous la pensée symbolique pour répondre aux grandes angoisses du monde contemporain.

Le Nouvel An cannibale, maelstrÖm, 2021.

 

         Dans ce livre il y a des clefs.

         Le mythe du Frère lombard, d’abord, ce faux jumeau qui est à la fois notre double et notre être inversé.

         Le Jour du dépassement, ensuite, ce Nouvel An cannibale qui arrête à une date précise du calendrier le jour où l’être humain et ses activités ont épuisé les ressources renouvelables de l’année en cours de la planète Terre.

         Puis il y a Jarry, Tintin, la Bible, des éléments de la Cabale... et un singe qui rote quand on évoque Dieu et pète quand on parle d’amour...

         Ces clefs ouvrent une à une et en parallèle à la fois des portes. Sur quoi donnent ces portes ?

         Sur un labyrinthe.

         Celui qui pourrait être le dédale de toute existence.

         Dont la nôtre.

         Antoine et David. David et Antoine. Frères lombards, l’un dans la lumière, l’autre dans l’ombre. Oui. Mais lequel 
 

Emprises, Les contes du père Susar, maelstrÖm,  2023

          Puissance maritale, autorité paternelle, contrats léonins, ambitions chèrement monnayées, chantage affectif… Tous les personnages de ce roman sont sous l’emprise d’un autre. Un vieux conteur, le père Susar, entreprend de les en délivrer en entrant dans leur mémoire, dans leurs peurs, dans leur mauvaise foi. La parole dénoue patiemment leur histoire. Cela suffira-t-il ? N’est-ce pas le monde du papier qu’il faut détruire, celui des contrats, des renonciations, des reconnaissances de dette ? D’ailleurs, la pire des emprises n’est-elle pas celle de l’auteur sur ses personnages ? Et si le père Susar devait les délivrer de lui-même ? Ses récits dérapent, dévoilent des pans cachés de sa propre histoire. Et en fin de compte, la parole lui est reprise par celles à qui il l’avait confisquée : sa fille et sa femme.

          Le récit se ramifie autour d’un axe central : l’histoire de Jacques et d’Agnès. Nous sommes à Liège, en 1734. Jacques a été vendu à la maîtrise de Saint-Denis et le contrat est sur le point d’être racheté par un émissaire du pape, à une condition : que sa voix ne mue pas. Agnès doit être mariée à un associé de son oncle, marchand de canons. L’union de leurs révoltes peut-elle s’appeler amour ? Sans doute pas. Mais elle suffira à faire vaciller la prison de papier dont ne peuvent s’échapper les personnages.

          Le père Susar a convoqué leurs douze effigies dans une Cène parodique dont il est le Judas. Il les a affublés de surnoms colorés. Autour de Jacques et d’Agnès — Coreû d’corote et Nenni Nanesse – s’agitent Monseû des treûs Ploum’tchons, le Cwerbå Cacafougna ou Coyon di s’fré… Derrière leur histoire résolument ancrée dans leur époque se dessine un mécanisme psychologique universel, ce que La Boétie appelait la servitude volontaire et la société d’aujourd’hui, emprise.  Les mêmes règles de sujétion qui ne reposent souvent que sur des chimères. Et le vieux conteur s’y connaît en chimères !

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