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François de Sainte-Aldegonde

Souvenirs, première partie des bons Mots, vers etc. en 1803 

par le comte François de Sainte-Aldegonde

Manuscrit de Sainte-Aldegonde

Précieux témoignage des pratiques utilisées par un homme d’esprit pour briller dans les salons : noter au jour le jour les anecdotes, les citations, les chansons qui lui permettraient d’animer une soirée ! Le titre inclut d’emblée ce manuscrit dans une série, ce que confirme la reliure (postérieure), bien plus grande que le manuscrit et destinée à unifier les formats dans une bibliothèque.

 

Et cela fonctionne ! La marquise Delacoste (1808-1884) parle dans ses souvenirs des succès mondains du comte, souvent invité par le père de la marquise quand celle-ci était jeune, donc dans les années 1810 : « Le comte François de Sainte-Aldegonde faisait ma joie par sa gaieté, son amabilité, sa mémoire ornée de tant d’anecdotes des cours où il avait vécu. »

Manuscrit de Sainte-Aldegonde

Rien que sur cette année 1803, il note en effet 1151 anecdotes, citations, aphorismes… et 48 chansons, dont 12 que je n’ai pas retrouvées sur Internet ni dans les recueils du temps. On peut du coup trouver dans ce manuscrit un panorama de ce qui plaît à la belle société européenne de l'époque. Des chansons satiriques qui égratignent la Révolution française mais qui savent se réjouir des victoires de la nouvelle armée nationale ; des chansons polissonnes qui ne vont pas jusqu'à la franche grivoiserie, des citations ou des maximes spirituelles, mais qui peuvent aller jusqu'au calembour un peu lourd, des chansons galantes, des jeux de société... Le tout suffisamment modéré pour de pas offusquer les sensibilités un peu prudes, suffisamment​ allusifs pour émoustiller les plus dégourdis.

On trouve donc principalement dans ce manuscrit des rumeurs de salon sur les hauts personnages que croise le comte (répartie spirituelle de la duchesse de Hautefort au duc de Chartres, futur Louis-Philippe, au bal de l’Opéra…), des jeux de mots ou d’esprit plus ou moins fins (un roquefort est rempli de « vers à sa louange »), des maximes (« Dans la première jeunesse, on jouit sans posséder ; dans la vieillesse, on possède sans jouir »), des citations (« Qui n’est que juste est dur, qui n’est que sage est triste, a très bien dit Voltaire »), des énigmes, des madrigaux, des épigrammes, tout ce qui pouvait faire sourire un instant la belle société. Je me suis beaucoup amusé à lire ce manuscrit, mais n’en ai pas retenu grand-chose…

Filigrane à la coquille
Manuscrit du comte de Sainte-Aldegonde
Manuscrit du comte de Sainte-Aldegonde

En revanche, les chansons, surtout méconnues ou inédites, m’ont longtemps retenu. En particulier deux couplets inédits d’une chanson de Beethoven sur lesquels j’ai entamé une longue recherche dans toutes les bibliothèques d’Europe et proposé une communication à l’Académie royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique.

Le manuscrit, de 292 pp., sur papier vergé filigrané, semble bien autographe. L’écriture est rapide, parfois difficile à lire, mais somme toute parfaitement déchiffrable et d’une orthographe parfaite.  C’est la survie de l’ancienne cour dans les salons de l’Empire qui se dessine en filigrane.

L’attribution repose sur la couverture XIXe siècle, qui n’est pas originale (« Souvenirs du comte F. de Sainte-Aldegonde, 1803 ») et sur une note de libraire en page de garde, « Manuscrit de François de Sainte-Aldegonde ». Il n’y a cependant pas de raison de mettre en doute ces indications. La famille de Sainte Aldegonde de Noircames vient du nord de la France (Douai, Valenciennes, Saint-Omer). Son château était à Genest (Genech, Genay). Ses membres étaient comtes du Saint-Empire, titre honorifique donnant la préséance sur tous les autres comtes.

Armes de la famille Saint-Aldegonde Noircarmes

Il y avait alors deux François de Saint-Aldegonde, ce qui peut laisser planer un doute sur l’attribution du manuscrit : François-Guislain-Balthazar-Joseph (ca 1733-1808) et son fils Pierre-François-Balthazar. La logique voudrait qu’il s’agît du père, qui porte officiellement le titre jusqu’à sa mort. Cependant, Pierre-François-Balthazar est couramment appelé François et porte lui aussi le titre de comte en 1789 quand il devient député du baillage d’Avesnes à l’Assemblée nationale. C’est lui dont la marquise Delacoste vante les anecdotes et la gaieté dans ses mémoires. Ces éléments penchent plutôt en sa faveur.Pierre-François-Balthazar, comte de Sainte-Aldegonde, baron de Noircarmes, comte de Hist, seigneur de Genech, est né à Lille le 6 décembre 1758. Il épouse en 1785 Anne-Louise Joséphine du Bouchet de Sourches de Tourzel (1767-1794), dont les parents sont des proches de Louis XVI. Deux enfants naissent de ce mariage : Charles-Camille-Joseph Balthazar (1789-1878) et Virginie-Antoinette (devenue duchesse de Mortemar). Colonel du régiment de Champagne-cavalerie, il est élu député du baillage d’Avesnes à l’Assemblée Nationale, le 17 avril 1789 et député de la noblesse aux États-Généraux. Il émigre après la session. En 1793, il se met au service de la Hollande et défend Maastricht contre les révolutionnaires. En exil, il devient gentilhomme de Monsieur, futur Louis XVIII. Il semble alors avoir joué un rôle diplomatique important.

On pourrait dès lors le suivre par les déplacements, bien documentés, du futur Louis XVIII. La multitudes des déplacements de la cour explique « sa mémoire ornée de tant d’anecdotes des cours où il avait vécu » vantée par la marquise Delacoste. En voici un bref mais long résumé ! Entre 1792 et 1814, l’héritier de la couronne réside successivement à Mons, à Bruxelles, à Coblence (1792), puis à Ham dans le nord de la Rhénanie (jusqu’en novembre 1793), puis chez son beau-père à Turin et à partir de mai 1794 à Vérone dans les états de la République de Venise, dont il est expulsé en avril 1796 devant l’avancée des armées de la république française. Il se rend alors à Riegel dans le pays de Bade au quartier général de l’armée de Condé, mais le gouvernement autrichien, peu désireux de le voir en première ligne, l’en expulse en juillet. Il réside ensuite à Blankenburg dans les états du duc de Brunswick, puis, expulsé une fois de plus par le roi de Prusse, à Mittau en Courlande (actuelle Jelgava en Lettonie), à partir de mars 1798, sous la protection du tsar de Russie Paul Ier qui, tout à son rapprochement avec Bonaparte, finit par l’en chasser en janvier 1801.

Le futur Louis XVIII à Mittau

Jean-Charles Tardieu, Louis XVIII couronne la rosière de Mittau en 1799. Références

En désespoir de cause, il s’installe à Varsovie où le roi de Prusse l’accueille à nouveau à contrecœur et à condition qu’il s’y fasse le plus discret possible. Nouvelles contrariétés en septembre 1804. Louis, chassé de Varsovie, réside quelques semaines à Blankenfeld au sud de la Courlande, chez le comte de Königfeld, avant d’être à nouveau accueilli à Mitau par le tsar Alexandre Ier, dans des conditions beaucoup plus précaires qu’au cours de son premier séjour. En septembre 1807, la paix signée à Tilsit par Alexandre avec Napoléon l’oblige cette fois à s’embarquer pour l’Angleterre par le port suédois de Gothembourg (Göteborg). C’est là qu’il passe les six dernières années de son exil, à Gosfield Hall puis, à partir de 1809, à Hartwell House dans le Buckinghamshire au sud de Londres. Impossible de dire sir les gentilshommes de la cour, dont Sainte-Aldegonde, l’ont suivi dans toutes ces destinations.

Quoi qu’il en soit, le comte de Sainte-Aldegonde rentre en France avec les Bourbons. Il est alors promu maréchal de camp, le 9 décembre 1814, et lieutenant-général le 20 février 1815, sans exercer aucun commandement actif.

Il meurt à Lille le 31 décembre 1838. Il est alors lieutenant général en retraite, officier de la légion d’honneur.

Des 48 chansons contenues dans le manuscrit, voici les plus pittoresques :

 

-  « À une jolie femme, qui voulait que l’auteur fît un couplet sur ses genoux » (Sur vos genoux, ô ma belle Eugénie), publiée sous la signature de François de Neufchâteau (1750-1828) dans Le petit chansonnier françois (Genève, 1778, t. I, p. 330). Un témoignage tardif l’attribue cependant à Buffon (1707-1788), qui l’aurait improvisée lors d’une soirée à Montbard. Cependant, il n’est pas dit que Buffon l’ait composée lui-même, mais écrite en prenant pour écritoire les genoux de ladite Eugénie : il « écrivit d’un seul trait sur ses genoux le quatrain suivant ». La chute (« le sentiment vient troubler le génie, et le pupitre égare l’écrivain ») n'est pas sans rappeler la célèbre lettre des Liaisons dangereuses (1782) écrite par Valmont sur les... reins de sa maîtresse lui servant de pupitre (lettre 47) et jouant sur l’ambiguïté de la situation (« la table même sur laquelle je vous écris, consacrée pour la première fois à cet usage, devient pour moi l’autel sacré de l’amour »). L’idée est donc antérieure d’au moins quatre ans au roman de Laclos. L’anecdote est rapportée en 1863 dans  les mémoires d’Humbert-Bazile (1758-1846), dernier secrétaire de Buffon (Buffon, sa famille, ses collaborateurs et ses familiers, Paris, Renouard, 1863, p. 16).

 

- [« Invocation aux Parques »] (Je jure tant que je vivrai) : publiée dans Chansons joyeuses, mises au jour par un an-onyme, onissime attribué à Charles Collé, 1765, p. 73. Il existe une musique de Poulenc dans Huit chansons gaillardes.

 

- Quand le bon dieu fit la terre : célèbre et superbe chanson du chevalier Stanislas de Boufflers (1738-1815) publiée dans la Correspondance secrète, politique et littéraire, en date du 20 janvier 1785 (t. XVII, 1789, p. 283). Les variantes de notre manuscrit sont nombreuses et souvent pertinentes, le comte de Sainte-Aldegonde étant un « scribe intelligent » qui peut améliorer une chanson qu’il recopie… Le premier couplet évoque la création de l’Amour, grâce auquel le Bon Dieu entend peupler la terre. Le deuxième, la création de la Raison, triste malgré sa beauté (« C’était l’Ennui peint en beau ») qui… s’éprend de l’Amour « et le caresse ». Mais Dieu y met le holà dans le troisième couplet et crée l’Amitié pour consoler la Raison de perdre l’Amour. J’ai donné une analyse de cette chanson dans ma conférence sur les couplets de Beethoven (version complète, téléchargeable en pdf, p. 13-15 et note 40), qui exploitent le même triplet dialectique Amour / Raison / Amitié.

- Le grand Cobourg a mis trois mois, / pour prendre Valenciennes : « en 1793 ». On peut s’étonner qu’un gentilhomme de la cour en exil transcrive une chanson vantant les armées républicaines qui, durant la première guerre de la Coalition, ont tenu tête aux armées du prince de Saxe-Cobourg-Saalfeld, qui assiègent Valenciennes en 1793. Si la ville fut finalement prise (jusqu’en 1794), les troupes françaises purent s’enorgueillir d’avoir tenu tête à une des armées les plus puissantes d’Europe. Le refrain s’en moque ouvertement : « Cobourg pour arriver, pour arriver en France, / ne va pas, ne va pas, par la diligence. » La chanson (absente de Constant Pierre) semble inédite, je n’ai retrouvé que le premier couplet, édité en 1859 dans la Revue agricole, industrielle et littéraire du Nord.

- [« Délire d’amour »] de Fabre d’Églantine (Je t’aime tant, je t’aime tant / je ne puis assez te le dire) : Romance célèbre, que l’on croit composée pour Marie-Élisabeth Joly (1761-1798), sociétaire de la Comédie française. Le chanteur Garat l’interprétait dans les salons parisiens, ce qui provoqua la colère du mari de l’actrice, Fouquet Dulomboy. Celui-ci, en représailles, aurait provoqué la cabale d’une pièce de Fabre d’Églantine, le Présomptueux, le 7 janvier 1789. La veuve de Fabre d’Églantine la date de 1788, mais elle n’est publiée qu’en 1802 dans les œuvre posthumes de l’auteur, guillotiné en 1794. Elle est donc toute fraîche quand le comte de Saint-Aldegonde la note dans ses souvenirs.

- « Couplets sur le C. et le V. » (quelle est cette muse légère / qui voltige du C, au V ?) : Cette pièce, publiée en 1787, témoigne d’une querelle badine entre les partisans des deux lettres, qui permettent une allusion polissonne. Une chanson sur les V avait fait, un an auparavant, l’éloge de la lettre grâce aux mots qu’elle commence – en oubliant le « vit », auquel tout le monde pense, à commencer par l’autrice, Mademoiselle G***, de la Rochelle (« Tous ces mots sont flatteurs pour vous : / Et vous n’ignorez pas Mesdames, / Qu’il en est encor de plus doux. » C’était attirer une réponse des C. (où tout le monde entendait les « cons ») : cinq chansons sur les C. sont publiées en 1787 et contiennent pour la plupart des doubles sens sexuels évidents : « Les V, du sexe sont chéris, / Les C sont adorés du nôtre », « Si les V ont des avantages, / Que vous trouvez flatteurs & doux, / Répondez-nous, femmes volages, / Sans le C, les goûteriez-bous », « Je passe assez ces fantaisies, / Mais la mienne est d’aimer les C. / […] Et je proteste que mon père / Eut le même penchant que moi », « Les B, les V peuvent séduire, / Mais que les C font de jaloux ! » … La version retenue par le comte de Sainte-Aldegonde est en fin de compte la plus sage ! La mode continua et l’on retrouve des chansons sur le C écrites par des hommes et d’autres sur le V écrites par des femmes (du moins pour les attributions) durant plusieurs années ! En fin de compte, une chanson sur les V et les C tenta de réconcilier les deux sexes.

 

- Le petit dieu, qu’on aime, et qu’on révère : La chanson, attribuée à l’académicien Antoine-Louis Séguier (1726-1792), est publiée en 1785 mais sera reprise dans les Œuvres de Boufflers. Elle est présentée comme un défi lancé par Mme La Pierre, prétendant qu’il était impossible de faire une chanson agréable sur son nom. Les quatre couplets multiplient les allusions à la pierre en un galant madrigal (pierre de touche, pierre aimantée, d’une pierre deux coups…)

- « À une jolie femme nommée Marie » (Votre patronne / fit un enfant, sans son mari). On imagine les conseils pernicieux donnés sous ce prétexte à la destinatrice ! Son humour blasphématoire la fit attribuer à Voltaire ou au chevalier de Boufflers. Quant à Marie, qui aurait comme sa patronne eu une grossesse adultérine, on y reconnut la duchesse de Durfort ou Marie-Antoinette ! La dauphine est arrivée en France pour son mariage en 1770, à quatorze ans, un an avant la première publication de cette chanson. Rien ne s’oppose formellement à ce qu’elle ait été victime dès 1771 de calomnies de ce genre, mais les chansons contre elles ont surtout commencé après la mort de Louis XV, quand elle est devenue reine. La duchesse de Durfort est devenue en 1770 « dame pour accompagner la dauphine » puis « dame du palais » en 1774. Son unique fils est né le 5 avril 1771… après onze ans de mariage : on comprend l’étonnement devant la grossesse de la duchesse, « que tout le monde savait ne point vivre avec son mari » (Bachaumont). Cette identification est au moins plus plausible Le manuscrit de Sainte-Aldegonde adopte des variantes de détail attestées dans l’une ou dans l’autre des publications antérieures. Une tradition orale indépendante pourrait être invoquée.

- « Couplets sur le général Mack » (Plutôt que de se laisser prendre, / Le grand coureur napolitain) : le 18 décembre 1798, le général Marck fuit devant l’avancée de l’armée française du général Championnet, dans le royaume de Naples. Il capitule le 20. Je n’ai retrouvé la publication qu’en 1820 (Catéchisme du soldat français).

- « Les adieux d’un conscrit à sa maîtresse » (Si des maux cruels de l’absence / Ton cœur sensible est tourmenté), « en 1794 ». Chanson de très bonne tenue, non retrouvée. Il s’agit de couplets ironiques sur les Français, désormais libres, mais malheureux : « Autrefois, malgré mille entraves, / Jamais je n’éprouvai l’ennui. / Mais alors, nous étions esclaves, / Hélas ! on est libre aujourd’hui. » Toute la chanson est sur ce ton. Aux « ci-devant marquis, barons et princes », le nouveau peuple souverain peut rétorquer : « Tout Français ne peut-il pas dire, / Je suis un ci-devant heureux ».

- « La semaine » : Lundi, pour une semaine, / partit la mère à Suzon : amusante chanson galante, publiée dans Étrennes lyriques et anacréontiques en 1789 sous la signature de M. Hennet de Franois, officier au corps royal du génie (Othon Hennet de Frasnois, 1763-1794). Elle retarde malicieusement la conquête d’une jeune fille laissée seule de jour en jour, jusqu’au dimanche, jour chômé… La mère rentrant le lundi, le galant reste Grosjean comme devant. Une adaptation au calendrier républicain est publiée en 1793. Avantage du nouveau calendrier : le siège dure alors dix jours (« Primidi pour la décade partit la mère à Suzon ») ! Cela permet non seulement de s’habituer au vocabulaire du nouveau calendrier, mais aussi aux nouveaux usages (tutoiement, citoyen…). J’ai analysé les différences entre les deux versions dans une communication au Collège de Belgique. L’air est emprunté à la Symphonie impériale (n° 53) en ré majeur de Haydn.

- « Mon rêve » (De vous encore charmante Claire / j’ai rêvé toute la nuit). Chanson non retrouvée. Rêve polisson, à métamorphoses allégoriques aux sous-entendus graveleux : au moment où le narrateur va l’embrasser, la jeune fille se transforme en rivière, et pour « la traverser », le rêveur se transforme en bateau dont « le mat se trouvait tout dressé », jusqu’à la bienheureuse mort finale sur la rose qu’elle est devenue.

 

- [Prophétie turgotine] (Vive tous les gens d’esprit, / Encyclopédistes). Cette chanson satirique, publiée en 1778 dans L’Observateur anglois, a paru prophétique douze ans plus tard et a paru dans bien des journaux contre-révolutionnaires. Elle prédisait en effet la confusion de tous les états, noblesse et roture retournant ensemble à l’état de Nature et les religieux abjurant leurs vœux !

- [Portrait d’une coquette] (Je veux peindre un objet charmant), « du comte de Ségur ». Louis-Philippe, comte de Ségur, est (avec son frère Joseph-Alexandre, vicomte de Ségur) un des plus importants chansonniers de la fin du XVIIIe siècle, en particulier aux Dîners du Vaudeville (1796-1801). Mais je n’ai pas retrouvé cette chanson dans ses textes (ni ailleurs). Ce portrait d’une jolie coquette savante dans l’art de plaire mais ignorante dans l’art d’aimer est adressé, au dernier couplet à « Coigny ». Sans doute s’agit-il de la marquise de Coigny, née Louise-Marthe de Conflans (1759-1832), qui aurait servi de modèle à la marquise de Merteuil dans Les liaisons dangereuses et dont les refus sont aussi vantés que la beauté.

- Romance de M. de Bonnay (Plaisir d’aimer, besoin d’une âme tendre). La plus surprenante découverte de ce manuscrit, puisqu’il s’agit de la seule romance française mise en musique par Beethoven, dont on n’avait jusqu’ici publié que le premier couplet. En tirant le fil, j’ai trouvé quatre autres musiques sur le même poème et j’en ai tiré une communication à l’Académie royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique.

- « Cantique de Saint V*** » (Mesdames les incrédules, / qui tranchez du bel esprit ) Je n’ai pas retrouvé cette chanson polissonne sur le saint Vit. Une sœur tourière demande bien entendu à son curé de le lui montrer et elle est à l’instant guérie. « En chrétien, d’un cœur sincère, / Rendons grâce au saint esprit / Des miracles qu’il opère, / par la vertu de saint v***. » Comme Mon rêve, c’est l’humour un peu gras de l’époque, qui devait plutôt circuler dans des cercles masculins, vaudevillistes ou militaires, que dans des salons ou à la Cour, même si la chanson s’adresse fictivement aux femmes.

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