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Histoire de la conquête amoureuse, Seuil, 2007.

 

         Les chevaliers connaissaient l’art d’alourder les femmes ; Villon a plus que tout autre galé du temps de sa jeunesse folle ; tour à tour les garçons ont séduit, conté fleurette, coqueté, flirté... ou dragué. Au sens strict, la drague est indissociable des années 1950, mais ses ruses, ses mécanismes psychologiques sont millénaires.

          Ses démarches sont multiples : on ne séduit pas la femme de sa vie comme la compagne d’un soir. Ses références, variables : on cherchait jadis conseil auprès de l’acteur de théâtre ; le spécialiste de marketing semble aujourd’hui plus efficaces. Quant aux conceptions... Peut-on parler de la même manière à l’âme d’une jeune fille ou à son ça inconscient ? On ne tient pas le même discours si l’on se fie à son cœur ou à ses phéromones.

          En interrogeant les arts de séduire depuis Ovide jusqu’aux Pick-up artists, en étudiant les tactiques d’Alcibiade à Casanova, ce livre tente de comprendre comment, depuis toujours, garçons et filles ont sauté le pas le plus hasardeux : le premier.

Qui m’aime me suive, dictionnaire commenté des allusions historiques, Larousse, 2007.


         Tout est perdu fors l’honneur... Je vous ai compris ! Les délices de Capoue... Un coup de Jarnac, un baiser Lamourette, l’oeuf de Colomb, faire le mariol... Les allusions à un personnage historique ou à un événement qui a fait date sont nombreuses. Pourquoi ces expressions ont-elles marqué leur temps, comment sont-elles déformées, transformées, pour s’adapter à d’autres manières de voir ou de dire ? C’est ce que nous montre Jean Claude Bologne en retraçant leur histoire. On s’amusera ainsi à retrouver l’atmosphère qui a entouré le fort Chabrol ou suscité le bois dont on fait les flûtes. On découvrira que des expressions banales trouvent leur origine dans un fait historique oublié : on fait la queue  sans plus penser à l’exécution de Robespierre et l’on peut briller par son absence sans être Cassius ou Brutus. Les nombreux exemples relevés dans la littérature contemporaine, dans les journaux, à la télévision, à la radio ou sur Internet témoignent quant à eux de la vitalité de ces allusions, de leur usage — clin d’oeil à l’Histoire. Une chasse au trésor passionnante à laquelle il ne manque pas un bouton de guêtre !

Histoire du célibat et des célibataires, Fayard, 2004 ; Hachette, collection Pluriel, 2007.

 

           Tous les héros sont célibataires, même si, dans le conte, ils finissent mariés et heureux avec beaucoup d’enfants. Une grande partie des écrivains, artistes, philosophes, savants, sont des célibataires, ou ont apporté leur contribution à l’histoire de l’humanité avant leur mariage. Et pourtant, le célibat ne semble guère avoir inspiré les historiens, sans doute parce ses contours sont parfois difficiles à cerner.

          Jadis, en dehors des ordres sacrés, le célibat était une salle d’attente du mariage où ne s’attardaient que les "vieilles filles" et les "vieux garçons" plaints ou méprisés. Aujourd’hui, c’est un mode de vie assumé, que reprennent à l’occasion les gens mariés, que retrouvent tout naturellement les divorcés. C’est un marché, aussi, qui s’est développé de façon spectaculaire ces dernières années.

          Phénomène important depuis le XVIIIe siècle, il est lié aux notions émergeantes d’individu, de liberté, de droit au bonheur, de réalisation personnelle... Une nouvelle forme de sociabilité se constitue, dont le célibataire constitue la cellule (clubs, associations, bandes...), alors que le couple était le noyau des sociétés anciennes (clan, tribu, famille...).

          Ce livre tente de cerner cette évolution en s’interrogeant sur les différentes images du célibataire depuis l’antiquité jusqu’à nos jours dans le monde occidental.

Histoire morale et culturelle de nos boissons Laffont, 1991


         "L’ignoble chope" - de bière - a-t-elle tué l’esprit de Rabelais (le vin) et celui de Voltaire (le café) ? On pouvait le penser en... 1872, quand la boisson d’Outre-Rhin fut dénoncée au nom du nationalisme revanchard. La boisson a suscité des passions que nous avons parfois du mal à comprendre. Des rivalités naissent : le bordeaux contre le champagne, Beaune contre Reims, la bière contre le vin... Des croisades sont entreprises contre le café musulman, la bière teutonne, le coca de l’impérialisme américain... Des débats surréalistes éclosent. Peut-on prendre du chocolat pendant le carême ? Quel vin peuvent boire les femmes ? Le chrétien peut-il accepter de voir la "mitraillette de l’enfer" (le vin) sur ses autels ?

         Derrière ces querelles d’image et ces conflits de préséance, une riche mythologie nous montre l’ancrage profond de la boisson dans nos moeurs et notre culture. Capable de nous faire oublier politesse, amitié, intérêt et instinct de survie, mais aussi de souder des amitiés ou de nourrir une forme de mysticisme, la boisson rythme notre existence, tour à tour adorée et honnie pour les mêmes fausses raisons, en vertu de clichés millénaires ou de rites immémoriaux.

         Le livre étudie d’abord les réactions françaises à l’introduction de nouvelles boissons : conflit de civilisation avec le coca-cola, symbole de l’"american way of live" (1949-1953); conflit nationaliste avec la première bière industrielle venue d’Allemagne (1870-1886); conflit économique lorsque le café, le thé, le chocolat, menacent l’empire du vin (XVIIe-XVIIIe siècles). Dans une même culture, dans un même pays, d’autres distinctions peuvent se manifester, en fonction des sexes, des âges, des activités : y a-t-il des boissons de femme, d’enfant, de soldat, de sportif ? Il faut alors se pencher sur les images liées à chaque boisson. Sa mythologie : Bacchus, Noé, le Christ et de nombreux saints patronnent le vin, comme Gambrinus, saint Arnoul ou Cérès la bière, Pomone le cidre, Mahomet le café, Darma ou Bouddha le thé... Des impératifs économiques (le lent apprivoisement de l’eau), techniques (le houblonnage de la bière), religieux (l’expansion de la vigne) induisent alors de nouveaux clichés, donc de nouveaux conflits.

         Les boissons ne sont pas que des pommes de discorde. Elles peuvent aussi rassembler : la convivialité du vin (résurrections du banquet grec, tavernes, confréries...), du café (révolution sociale du XVIIIe siècle), voire de l’eau (les cures) sont une autre facette du génie des boissons. Pour chacun, enfin, la boisson peut épouser un besoin de dépassement, d’affirmation ou de révolte qui justifie des comportements excessifs. Du groupe national au groupe culturel, de la réunion d’amis à la consommation solitaire, nous reposons la même question : pourquoi buvons-nous ?

Les grandes allusions, Dictionnaire commenté des expression d’origine littéraire, Larousse, 1989.
Réédité sous le titre Les allusions littéraires, puis Expressions d’origine littéraire.


         "On ne badine pas avec l’amour... Les affaires sont les affaires... Le paysan du Danube, un problème kafkaïen, l’abîme de Pascal..." Autant d’expressions qui, dans le langage contemporain, révèlent notre goût pour les jeux de mots et les clins d’oeil culturels. Mais sait-on encore d’où viennent ces allusions extraordinairement vivaces ?

En hors-d’oeuvre, l’ouvrage propose une réflexion sur ces allusions qui réveillent, comme la "petite madeleine" de Proust, nos souvenirs de potaches... Mais si l’allusion puise ses sources dans une culture commune, dominée par la littérature classique, elle est, à la différence de la citation, utilisée sans référence et souvent de façon approximative. Bien vivante dans la langue, elle stimule les plumes des orateurs inventifs et suscite notre complicité, au détour d’une conversation, d’un titre de presse, d’une chanson.

         Plus de 700 allusions sont recensées. Pour 450 d’entre elles, un commentaire montre comment l’expression est née dans un contexte littéraire et historique précis pour, progressivement, s’en détacher et se redéfinir au gré des discours, suivant les caprices de l’actualité. Le "paysan du Danube" n’est plus l’orateur brillant sous des dehors rustres mis en scène par La Fontaine, mais un homme empoté dans ses paroles comme dans ses actions. Le "nez de Cléopâtre" ne désigne plus ce "je-ne-sais-quoi" qui donne du charme à une femme sans grande beauté, mais une petite cause entraînant de grands effets. On est étonné de retrouver le "coup d’essai" cher au Cid de Corneille dans le vocabulaire du sport de l’époque ou la "faute à Voltaire" chère au Gavroche d’Hugo... dans une chanson politico-érotique de Béranger !

         Triturée jusqu’à ne plus être reconnue, l’allusion revient constamment sous la plume ou dans la bouche. L’aide humanitaire au Liban pose-t-elle des problèmes politiques ? "Peut-on faire de la diplomatie avec de bons sentiments ?", commente la télévision... Les pharmaciens se mettent-ils en grève ? Ils tentent de "faire pleurer Margot sur leur sort", susurre-t-on à la radio. Gide et Musset seraient peut-être fiers de se reconnaître sous ces habits à la mode qui rajeunissent leur silhouette...  Un index permet, par la multiplicité des mots-clés, de retrouver ces allusions déformées.

La Naissance interdite,  Histoire de la stérilité, de la contraception et de l’avortement au moyen âge, Editions Olivier Orban, 1988.

 

         Une reine est répudiée pour avoir eu des relations sexuelles avec son frère : connue "à la manière des hommes", entre les cuisses, elle n’en aurait pas moins conçu et aurait pris une potion abortive... Dès le IXe siècle, le divorce de Lothaire et de la reine Teutberge pose les principaux problèmes qui hanteront le moyen âge. Inceste, contraception élémentaire par positions interdites, avortement criminel, impuissance du mari par maléfice... L’Église se montre particulièrement sévère pour tout ce qui souille un sacrement (le mariage) et enlève une âme à la vie éternelle.

         Pourtant, on est étonné de l’extraordinaire richesse des recettes qui nous ont été conservées. Par centaines, les plantes (censées) contraceptives remplissent les traités de médecine écrits cependant par des clercs, hauts dignitaires parfois de l’Église. Le traité le mieux documenté et le plus explicite est l’œuvre d’un médecin pontifical, Pierre d’Espagne, qui deviendra pape lui-même sous le nom de Jean XXI. L’avortement ? Il est interdit, bien sûr, mais si mollement. Juridictions civiles et ecclésiastiques sont enclines à la clémence, souvent même curieusement désarmées devant le phénomène. Le roi ne se fait pas trop prier pour accorder des lettres de rémission...

         Quant à la stérilité, si elle n’est guère mieux soignée au moyen âge que dans l’antiquité ou à l’époque classique, la malédiction qu’elle entraînait dans la société hébraïque a été levée, la répudiation possible dans les sociétés germaniques disparaît, la méconnaissance de la stérilité masculine par la médecine romaine fait place à un plus juste partage des responsabilités... La femme stérile n’est jamais seule face à l’adversité.

         À travers la littérature, les traités médicaux, les coutumes juridiques, les sommes ecclésiastiques, une autre image du travail sur la naissance se profile à une époque que l’on croit trop soumise à la dictature religieuse. Une autre image de la femme, aussi, à qui l’on reconnaît, pour la première et dernière fois dans l’histoire de la sexualité, le droit au plaisir. Et peut-être une autre image du bonheur...

Histoire de la pudeur, Olivier Orban, 1986;  Plon Perrin, 1999; Hachette (coll. Pluriel), 1997

 

         Si grande était la "pudicité" de l’empereur Maximilien qu’il se retirait seul sur sa chaise percée, "sans se servir de valets de chambre, ni de pages." Si grande celle d’Isabelle de Castille, qu’elle mourut d’un ulcère qu’elle n’avait pas voulu montrer : il fallut même lui administrer l’extrême-onction sous les draps, puisqu’elle ne voulait pas laisser voir ses pieds. Et que dire d’Anne d’Autriche, qui fit détruire plus de cent mille francs de tableaux "indécents"; de Louis XIII, qui barbouillait les fresques de sa chambre; de Mazarin, qui mutilait les statues ?

         À l’opposé, que dire de la baronne de Montreuil-Bellay, qui demandait à un de ses vassaux, quand elle se rendait chez lui, de la porter sur ses épaules là où lui-même allait à pied et de lui tendre, le moment venu, la mousse qui tenait lieu de papier ? Que dire d’un roi qui recevait ses courtisans sur sa chaise d’affaire, et qui demandait qu’au théâtre les sauvages fussent "habillés comme s’ils étoient presque nuds" ?

         Ces exemples nous invitent à étudier la pudeur dans une perspective qui n’a pas encore été exploitée : sa dimension historique. Elle permettra de fournir d’autres réponses aux éternelles questions : quels sont les rapports entre pudeur corporelle et pudeur des sentiments ? Y a-t-il une pudeur féminine et une pudeur masculine ? Pourquoi rougit-on de sa nudité ? Et d’abord, qu’est-ce que la pudeur ?

Histoire du mariage en Occident, Ed. J.C. Lattès, 1995, Hachette, coll. Pluriel, 1999.

 

         Depuis quelques années, les "valeurs traditionnelles" sont à la mode, qu’on déplore leur perte ou qu’on s’en réjouisse. Après "l’année de la famille" proclamée par l’O.N.U. en 1994 et quelques encycliques pontificales, il est temps de faire le point sur une des plus vieilles institutions du monde chrétien, le mariage. Celui-ci ne peut être abordé que dans une perspective historique. La rupture est particulièrement significative entre les conceptions antique et chrétienne en ce domaine : unification des différents types de mariage, interdiction de l’union libre, du mariage mixte, du divorce, confusion entre célibat et virginité, sacralisation du mariage... À tel point qu’on peut se demander si la crise actuelle affecte le mariage en soi ou sa conception chrétienne. Des solutions abandonnées depuis des siècles ressurgissent spontanément. D’ailleurs, l’unité du mariage chrétien apparaît moins dans une perspective historique. La "crise" actuelle, qui se traduit par une baisse constante du nombre des mariages, apparaît donc moins comme un abandon de certaines valeurs que comme leur adaptation aux mentalités actuelles.

         Or, pour analyser cette évolution, les bons outils sont rares et anciens. L’histoire du mariage a surtout fait l’objet d’études partielles et spécialisées, soit dans une époque (le XIIe siècle avec G. Duby, le XVIIIe avec A. Fillon...), soit dans un domaine (le mariage canonique, le mariage civil, les coutumes matrimoniales...). Il manquait un ouvrage qui donne de cette évolution une vue d’ensemble et accessible à un large public. Ce livre entend aborder tous les aspects du mariage : les rites civils ou religieux, les coutumes folkloriques, la législation et la juridiction ecclésiastiques ou séculières, les rapports entre mariage, sexualité et amour, les réalités sociales (transmission du fief, dot, mariages clandestins...), les interdits (empêchements, annulation, divorce, union libre...). S’appuyant sur des textes anciens comme sur les travaux sérieux des historiens actuels, il propose des analyses claires qui évitent autant que faire se peut le vocabulaire technique pour rendre accessibles à tous les publics des réalités parfois complexes. Sans entrer dans la polémique, il montre comment, à toutes les époques de notre histoire, le mariage a été un miroir fidèle de la société. Le livre se limite à la société européenne (essentiellement française à partir du XVIe siècle) depuis les débuts du christianisme.

Le mysticisme athée, essai, Le Rocher, 1995.

 

         Avec la fin des idéologies et l’essoufflement des dogmes religieux, notre époque vit plus que jamais l’écartèlement entre corps et âme, matérialisme et spiritualité, quête du plaisir ou du salut. On en connaît les excès, de la surconsommation à l’attrait dangereux pour les sectes. Pourtant, des ponts de plus en plus nombreux sont jetés entre les deux factions. Le mysticisme est un de ceux-là.

         Expérience intérieure, mais vécue avec toute la violence d’une sensualité exacerbée, le mysticisme a gêné les religieux, plus soucieux d’un Dieu désincarné et habiles à lire leurs mystiques selon "les exigences d’une saine théologie" (sic). Même gêne chez les athées, qui prétendent s’en tenir à un matérialisme pur et dur. Pourtant, derrière le mot "Dieu", il y a l’absolu, l’infini, que l’athée peut concevoir aussi bien que le croyant. Mis au contact de cette réalité essentielle, il peut connaître le même type d’extase. Son véhicule ne sera pas la religion, mais l’art, la communion avec le monde, la création, un bouleversement intérieur...

         Le livre part d’une expérience, à la lumière de laquelle l’auteur a relu les mystiques chrétiens médiévaux et les créateurs athées modernes. Les premiers ont découvert un domaine dont Dieu (le Dieu des théologiens) semble curieusement absent : ils "l’oublient", s’en "désencombrent", s’en "libèrent", et les athées peuvent les suivre sur ce terrain. Quant aux auteurs modernes, ils exploitent sans le savoir les mêmes thèmes que les mystiques médiévaux : le vide intérieur, la liberté absolue, la quête de l’unité, la communion cosmique, l’extase... Les rapprochements sont significatifs.

         Ce livre ne se veut pas un manifeste, mais un témoignage qui parlera à ceux qui ont vécu la même expérience, et la recherche de racines qui donnent des références athées à un mysticisme trop souvent résumé à ses engagements religieux. Un appel à dépasser la vieille dichotomie entre corps et âme.

Histoire des cafés et des cafetiers, Larousse, 1993

 

         Des premiers vendeurs ambulants de la foire Saint-Germain à notre moderne "café-bar-brasserie"; du café à la française, où brille la conversation, en passant par le "café splendide" du siècle dernier, où la bourgeoisie se montre, jusqu’au récent "café du commerce", baromètre politique de plusieurs Républiques, l’histoire des cafés est à la fois riche, passionnante et multiforme. Depuis l’apparition des premiers établissements en Europe (Oxford, 1650, Paris, 1671), qui correspond à l’introduction du grain de café au milieu du XVIIe siècle, jusqu’à nos jours, le café s’impose comme le dénominateur commun des mentalités, des mœurs, des goûts, d’une sociabilité française et européenne en évolution constante.

         Le club en Angleterre, la brasserie en Allemagne, la bottega da caffè en Italie, le bistrot en France, le bar américain sont autant d’aspects d’un même sujet, quasi mythique au point de fasciner peintes, photographes, écrivains et poètes et d’intéresser les architectes, des émules de Viollet-le-Duc à Christian de Portzamparc, du café Riche au café Beaubourg.

         Mais l’histoire des cafés ne serait pas complète si elle n’était pas aussi celle des cafetiers, celle de la dame de comptoir au XVIIIe siècle, celle du garçon de café au XXe siècle, dont le type légendaire a été immortalisé par Sartre.

         Naturellement, cette Histoire des cafés et des cafetiers  de Jean Claude Bologne accorde une place de premier plan à l’image et à son commentaire iconographique. Plus de 400 documents, dont 150 en couleurs, en provenance de plus de 10 pays illustrent en effet ce volume, également enrichi d’un index des noms de cafés cités et d’une bibliographie

Voyage autour de ma langue, essai sur la langue française, Belles Lettres, 2001

 

         Nous habitons notre langue. Nous l’avons aménagée selon nos besoins, nos émotions, nos habitudes. Si, parfois, nous la violons, nos relations avec elles sont essentiellement du domaine de l’amour, et de la jalousie. "Je connais ma langue", rétorque-t-on volontiers à quelqu’un persuadé de connaître la sienne...

         Ce livre est avant tout celui de ma langue et sa présentation tient de la visite : les meubles en sont les structures fondamentales, les habits en sont les modes qui en changent momentanément l’apparence. J’aime choisir mes mots dans la garde-robe du vocabulaire, les conjuguer dans le lit (conjugal !) de la syntaxe, vêtir ma langue, au gré des modes, d’anglicismes (ses duffle-coat), de mots savants (ses uniformes) ou de néologismes féminisés (ses jupes-culottes).

         Mais peut-on être jaloux de sa langue ? Elle appartient d’abord à tous ceux qui l’aiment. Ses amants sont mes invités et m’enrichissent au moins des réflexions que suscite une autre pratique. Langue bradée ou langue sacrée, le français reste d’une étonnante vitalité à une époque où des esprits chagrins le croient à bout de souffle.

         Ce livre se veut donc une promenade mi-sérieuse, mi-plaisante, dans l’usage actuel du français, usage personnel ou usage collectif. Le bonheur du lecteur devant de belles trouvailles, l’enthousiasme de l’écrivain aux prises avec sa langue, tempèrent la prudence de l’historien qui la regarde évoluer ou l’agacement du professeur qui dort en chacun de nous.

Les sept vies de maître Eckhart, Le Rocher, 1997.

 

            Qu’est-ce qui peut fasciner un athée dans le discours de maître Eckhart, théologien allemand (1260-1327) ? Sa mystique du néant a réveillé des échos très personnels d’expériences adolescentes. Mais il n’était pas question de dénaturer une fois de plus une pensée déjà bien sollicitée par les commentateurs. J’ai voulu au contraire la restituer dans son époque, dans le contexte historique, social, culturel, spirituel qui explique la vie et l’œuvre du dominicain.

"Il sembla en rêve à un homme qu’il était gros de néant comme une femme est grosse d’un enfant, et dans ce néant, Dieu naquit : il était le fruit du néant, Dieu était né dans le néant."

         La mystique du néant a atteint un sommet en Occident avec maître Eckhart, à la rencontre de la tradition extatique grecque et de la tradition latine, plus tournée vers l’introspection. Sans doute est-ce ce qui explique le succès de sa pensée dans le monde moderne, fasciné par l’Orient mais attaché à la pensée occidentale. Devant la récupération dont il fait l’objet, il est important de le restituer dans son cadre historique.

         Maître Eckhart, pour qui la béatitude réside dans la connaissance et non dans l’amour, nous invite aussi à réhabiliter l’intellect après trois siècles de cartésianisme. Loin de la raison analytique qui dissèque au risque de perdre le sens au profit de significations parcellaires, "le connaître intellectif, selon lui, procède en épurant et parvient jusqu’à l’étance de la chose dans sa nudité." Il conduit à une connaissance pure et unique, plutôt qu’à un savoir morcelé. Cette biographie spirituelle montre comment sa pensée est étroitement dépendante de la théologie, de la science et de la mystique de son époque.

Pudeurs féminines, essai, Seuil, 2010.

 

         « La pudeur, N’est-elle pas toute la femme ? », demandait Balzac. Même dévêtue, celle-ci conserve ce voile de pudeur invisible qui distingue, pour les moralistes, la femme honnête de la dévoyée. Bel éloge de la féminité, mais lourde responsabilité qui a souvent contribué à l’effacement de la parole et du corps féminins. La pudeur féminine a en occident une histoire spécifique, retracée ici depuis l’antiquité grecque. Aujourd’hui, pourtant, on la résume souvent dans une opposition binaire entre impudeur et pudeur : d’un côté, la femme-objet, dont la chair exposée est réduite à un pur objet de désir ; de l’autre, la femme cachée, vêtue jusqu’au bout des ongles. Dévoilée ou voilée, la nudité féminine est érotisée, suscitant la honte ou le désir. L’exacerbation des positions est la conséquence naturelle de cette réduction abusive. Chacun se bat au nom de la « liberté » de la femme, les uns estimant que le voile l’emprisonne ; les autres, que le dévoilement l’asservit au désir masculin. Je rappellerai donc cette troisième dimension, celle du voile naturel et invisible qui révèle la femme, afin de retrouver et de réhabiliter, loin des débats biaisés, une chair déculpabilisée et une pudeur faite de respect

Histoire de la coquetterie masculine, essai, Perrin, 2011.

 

         "Coquetterie : Se dit le plus souvent des femmes", précisent les dictionnaires. Étonnant paradoxe, puisque la coquetterie renvoie étymologiquement au cri du coq, mâle par excellence, aux couleurs chatoyantes. Le mot apparaît au XVe siècle, mais la pratique est bien plus ancienne. L’auteur la définit comme la recherche de singularité par l’artifice dans l’apparence. Et dans ce domaine, les hommes n’ont pas été en reste : mignons, marjolets, muguets, dandys, zazous, punks n’ont souvent au cours des siècles rien eu à envier aux femmes en fait d’accoutrements, coiffures, parfums, fards et bijoux, mais au risque de paraître efféminés. Car la coquetterie est aussi, socialement, un agent de différenciation des sexes et, individuellement, une attitude face à la vie et à soi-même. C’est ce que démontre magistralement Jean Claude Bologne en révélant, à travers l’histoire, les deux faces de la coquetterie masculine, fascinante d’un côté, répulsive d’ l’autre."

Histoire de l’hôtel de Massa, SGDL, 2012.

 

          Siège de la Société des Gens de Lettres depuis 1929, l’hôtel de Massa a été déplacé en 1927-1928 des Champs-Élysées aux jardins de l’Observatoire, où il s’élève encore aujourd’hui. Mais il avait déjà une longue histoire. Bâti en 1778-1784 par Jean-Baptiste le Boursier, architecte de renom, pour un administrateur des Postes, Thiroux de Montsauge, il abrite des hôtes illustres, depuis le duc de Richelieu Fronsac jusqu’au troisième duc de Massa, qui lui a laissé son nom. Entre les deux, sa situation idéale sur les Champs-Élysées l’a désigné comme siège d’ambassade : d’Italie (1802-1814), d’Autriche (1814-1826) ou de Belgique (1842-1848). Au cours des réceptions, des bals masqués, des banquets, des visites officielles, il a vu défiler les têtes couronnées et les noms les plus illustres d’Europe. La révolution de 1848 s’est déclenchée sous ses fenêtres, lors d’un bal resté célèbre  comme le dernier de la royauté française... Le duc de Massa, compositeur mondain, en a fait une salle de concert pour ses œuvres. « Autrefois, c’étaient des fêtes de l’élégance et du plaisir. Aujourd’hui, c’est la fête de l’esprit », résume un journaliste lorsque la Société des Gens de Lettres s’y installe. Doté d’un mobilier Art déco classé monument historique, comme les murs, c’est désormais un haut lieu de la vie littéraire parisienne.

Une mystique sans Dieu, Albin Michel, 2015.

 

         Peut-on vivre une expérience fulgurante de l’absolu sans l’associer nécessairement au vocabulaire et à l’imaginaire religieux ? Pour avoir vécu un tel événement, Jean Claude Bologne, poète, romancier et essayiste, ose répondre par l’affirmative à cette question a priori incongrue : « Le mot Dieu ne m’a jamais traversé, écrit-il. Parlons de joie ».

         Depuis une quarantaine d’années, intrigué par cette étrange possibilité d’une illumination qui ne soit pas « divine », il n’a eu de cesse d’explorer dans l’histoire et la littérature les signes d’expériences semblables. Et contrairement à l’idée convenue d’un lien consubstantiel entre mysticisme et religion, il s’est découvert partie prenante d’une vaste famille d’athées, et d’agnostiques et même de croyants ayant connu de tels épisodes sans pour autant leur accoler le nom de Dieu : Apollinaire, Bataille, Borges, Ionesco et Nietzsche côtoient ici Mallarmé, Proust et tant d’autres, dans une fresque brillante qui donne à penser à tous – croyants ou incroyants. Il nous fait ainsi partager une tout autre vision de la mystique, ouverte et adogmatique.

Histoire du couple, Perrin, 2016.

 

         On étudie traditionnellement le couple à travers le prisme du mariage. Or celui-ci n’est qu’une forme de couple parmi d’autres, rejetant à la marge ce qui lui échappe : concubinage, amour libre, Pacs, relation extraconjugale, mais aussi fratrie, compagnonnage médiéval ou amitié exclusive. Notre imaginaire associe pourtant Castor à Pollux plus qu’à sa femme Hilaïre, Montaigne à La Boétie et Rodin à Camille Claudel.

         D’abord multiples, les unions se sont progressivement cristallisées autour de la notion d’amour héritée d’une conception chrétienne et exclusive du couple. Cette alliance indissoluble, révolution qui ne s’est pas imposée sans heurts, a inscrit le couple idéal dans la durée. Mais en définitive, qu’est-ce que le couple ? Comment se forme-t-il et sur quoi repose-t-il ? Les enjeux de nos sociétés modernes (libération de la femme, reconnaissance de l’homosexualité...), l’évolution des mentalités (libertinage, individualisme...) et les récentes réformes législatives (Pacs, mariage pour tous...) ont-ils modifié sa conception ?

         Entreprenant de lui rendre son ampleur, Jean Claude Bologne retrace pour la première fois son histoire de l’Antiquité à nos jours. Concise et clairvoyante, cette grande synthèse élargit le champ de réflexion d’un sujet de tout temps fondamental. Car si l’institution matrimoniale est en crise, le couple comme nouvelle forme de sociabilité n’a jamais été aussi florissant.

Histoire du coup de foudre, Albin Michel, 2017.

 

         Ramsès II a presque soixante ans lorsqu’il tombe amoureux au premier regard d’une jeune princesse dont il fait aussitôt son épouse : voici le premier « coup de foudre » historiquement attesté. Trois mille ans plus tard, Stendhal, qui trouve l’expression ridicule, en convient : « La chose existe ». Aujourd’hui, elle est loin d’être remise en question ! Mais comment s’explique cette mystérieuse et soudaine attirance entre deux êtres ? Par la sensibilité ou la science (des atomes crochus… ou des phéromones) ? Le surnaturel (la flèche de Cupidon… ou l’intervention du Malin) ? Une pure attraction physique ou un phénomène chimique ? Si le coup de foudre conserve toute sa part de mystère, Jean Claude Bologne en donne une lecture aussi inattendue que pertinente. En s’appuyant sur de nombreux récits empruntés à l’Histoire, à la légende et à la littérature, son enquête soulève au passage un passionnant paradoxe : notre époque cultive l’individualisme, la sécurité et le rationnel, mais elle ne rêve que de passions « enchaînantes », de surprises et de risques…

Histoire du sentiment amoureux, Flammarion, 1998. Beaux livre illustré

 

          Jacob ou l’amour du patriarche... Pétrarque ou l’échec de l’amour... Bayard ou la survivance chevaleresque.... Flaubert ou l’essoufflement romantique...

          En Europe, la passion amoureuse est devenue idéal de vie avant de constituer, au XIXe siècle, la condition même du mariage. Elle a été célébrée par les poètes, les romanciers, les peintres et les illustrateurs, analysée sans relâche par philosophes et théologiens. Cet ouvrage retrace l’évolution du sentiment amoureux, de Platon jusqu’à nos jours.

Histoire du scandale, Albin Michel, 2018

 

         « Nous prêchons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les païens » écrivait saint Paul aux Corinthiens. Il se réclamait pourtant d’un Christ qui avait dit : « Malheur à l’homme par qui le scandale arrive ».

         Deux mille ans plus tard, l’ambiguïté du mot « scandale » se manifeste avec fracas dans nos sociétés surmédiatisées. De l’art contemporain aux caricatures journalistiques, des questions de mœurs aux grands procès criminels, d’affaires d’Etat en affaires sanitaires, les scandales ponctuent notre actualité et heurtent les consciences dans un monde qui se croyait sécularisé mais demeure tributaire de valeurs intouchables.

         C’est à ce paradoxe et à ses multiples significations que se consacre avec érudition, humour et finesse Jean-Claude Bologne, dont les nombreux ouvrages ont exploré l’histoire de la pudeur, celles du célibat, de la conquête amoureuse, de la coquetterie masculine. Les contradictions de notre temps, où s’indigner est devenu une vertu mais où surgissent de nouveaux carcans moralistes, sont mises au jour dans cet essai à la fois rigoureux et… délicieusement scandaleux.

Dictionnaire commenté des expressions d'origine biblique (Les Allusions bibliques), Larousse, 1991, rééd. 1999.

 

        Et si nous rendions à César ce qui lui appartient  ? Les allusions bibliques sont légion dans notre langue, et si nous ne le crions pas sur les toits, pourquoi les garder sous le boisseau, comme si elles étaient écrites sur le sable  ?  Qui cherche trouve : en passant au crible l'ancien et le nouveau Testament, Jean Claude Bologne, grand curieux devant l'Eternel, a recueilli à gauche et à droite plus de 450 allusions, des plus connues aux plus inattendues et nous les apporte sur un plat d'argent.

        Certaines, sorties de l'usage, nous rappellent cependant que notre littérature, de Racine à Rimbaud, à puisé à l'eau vive  de la Bible. Nous ne passerons plus pour des Philistins en confondant le manteau de Joseph avec celui d'Elie ou celui de Noé... D'autres, vieilles comme Hérode, sembleraient des sépulcres blanchis si la langue ne se chargeait de les revivifier constamment.

        Les notices mentionnent la forme moderne et le sens actuel de l'allusion, accompagnés d'un exemple, des références précises et d'un commentaire qui la restitue dans son contexte biblique, historique et mythique. Ainsi, au delà du plaisir - ou de la surprise - des commentaires, l'ouvrage contribue-t-il à une meilleure connaissance des textes bibliques. Il fournit un éclairage indispensable à la compréhension de nombreux textes littéraires et de nombreux thèmes iconographiques. Et nous découvrons que nous pouvons nous nourrir à l'arbre de la connaissance tout en grappillant voluptueusement dans les vignes du Seigneur...

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