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BOLOGNE

 

Bologne, ce sont des villes... un nom... et même une sainte ! Sans parler des Bologne de Liège ou hors de Liège

 

         On songe tout de suite à la ville d’Italie... C’est une des origines possibles du nom. Pour autant, et dans mon cas, il ne faut pas aller chercher la ville en Italie, mais sans doute à… Habay-la-Neuve (Belgique, province de Luxembourg), où existait une prévôté de Bologne attestée au moins depuis le XIVe siècle !

          Les linguistes ont évoqué diverses étymologies possibles au nom de cette prévôté :

- une divinité celtique, *Bounona (attestée par l’irlandais Buanann, "la durable"), apparentée à Minerve et "nourrice des guerriers";

- un fortin, apparenté au gaulois bounonia ("durable, solide")

- un terrain, une possession, du gaulois bona ("fondation, village"), avec un suffixe latin -onia.

          L’union d’une racine celtique et d’un suffixe latin est historiquement attestée dans la ville italienne de Bologne (Bononia), qui reste l’étymologie la plus plausible. Le terme, en effet, est devenu un nom commun en latin populaire pour désigner une colonie, et est attesté dans tout l’empire romain – peut-être jusqu’à Habay-la-Neuve ?

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Bologne
Bologne, Italie

Quelques villes

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La ville étrusque de Felsina a été prise par les Gaulois en 196 ACN. En 189, elle est colonisée par trois mille Gaulois qui lui donnent le nom de *Bona (« fondation », en gaulois). Le terme nous est connu avec un suffixe latin en -ia (Bononia). Il est aussi possible que son nom dérive de la tribu des Boii qui l'a colonisée.
      Elle est devenue la plus connue des villes portant le nom de Bologne (Italie). Célèbre par son université, la plus ancienne d'Europe (l'enseignement y est attesté en 1088), célèbre pour son enseignement du droit (et en particulier du droit romain), une des rares universités médiévales à avoir un statut laïc depuis la constitution de 1158 qui la rend indépendante de tout pouvoir. Y ont étudié, notamment, Dante, Boccace et Pétrarque, les papes Grégoire XIII (qui a instauré notre calendrier actuel, dit grégorien, en 1582) et Benoît XIV (le pape philosophe, qui a donné l'imprimatur aux œuvres de Galilée en 1741).
      Célèbre aussi pour ses deux tours, la torre degli Asinelli et la torre della Garisenda, voisines, et devenues le symbole de la ville. Elles témoignent des rivalités de prestige entre les grandes familles de la ville. Ces tours sont évoquées dans l'Enfer de Dante (chant XXXI), qui y voit les géants antiques enterrés jusqu'à la taille. 
         ... et puis, réputée pour sa gastronomie, qui n'a rien à voir avec les pauvre spaghetti bolognese qu'on mange partout, sauf à Bologne. Merci pour la plaisanterie éculée, que je traîne depuis mon enfance !

Banostor
Banostor
Vidin
Budin
Boulogne
Boulogne-sur-Mer

Les Romains ont par la suite repris le terme pour désigner une colonie et ont ainsi appelé Bononia une série de villes à travers toute l’Europe :


- une Bononia en Pannonie inférieure non localisée


- une Bononia en Moésie supérieure (sur le Danube), devenue Bodun, B’dun, Vidin (Bulgarie)


- la ville de Malata en Pannonie inférieure est devenue Bononia (sur le Danube), aujourd’hui Banostor

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- la ville de Gesoriacum a été rebaptisée Bononia à l’époque de Constantin (voir les tables de Peutinger), et est devenue Boulogne-sur-Mer. La ville de Boulogne-Billancourt a été nommée par référence à Boulogne sur Mer (ci-contre).


- Il existe d’autres Boulogne / Bologne en France qui pourraient dériver de ce nom : Boulogne-sur-Gesse (Haute-Garonne) ; Boulogne-la-Grasse (Oise, attestée en 1116 sous le nom de Bononia) ; Boulogne en Loir-et-Cher, peut-être la même que Bolonia prope Blesas (Bologne près de Blois, dans le diocèse de Chartres)


Pour tous ces cas, on suppose qu’il y a eu une influence de la ville de Bologne en Italie. En effet, la dissimilation qui a engendré le nom de Bologne et non de *Bonogne a peu de chance de s’être produite de la même manière dans tous ces lieux.

... un nom...

 

          Pour un certain nombre de villes, cependant, on présuppose un nom gaulois Bullonius (du gaulois Bullius), qui aurait engendré des toponymes Bolania. Par collision homonymique, ils seraient devenus Bologne, Boulogne. On expliquerait ainsi les villes de Boulogne (Nord), Boulogne (Vendée, sur la Boulogne), et Bologne (Haute-Marne, attesté au Xe siècle sous le nom Bulonia), et peut-être La Boulonie (Creuse, diocèse de Limoges, par confusion entre le suffixe latin atone -ia et le suffixe grec tonique -ia).
         Comme nom de personne :
- Un Bononius Maximus est attesté au IIIe siècle, il adresse un rescrit aux empereurs Septimius Sévère et Caracalla concernant la loi Falcidia
- Un Bononius Quintilianus, consul et légat consulaire en Moésie inférieure, pourrait être une mauvaise lecture pour Nonius Quintilianus.

Sainte Bologne

... et même une sainte !


          Une sainte Bologne dont la légende est à la source de la ville de Bologne en Haute-Marne. Une vierge et chrétienne adolescente martyrisée à Roôcourt pour s’être refusée à un lieutenant de Julien l’Apostat, au IVe siècle. Décapitée après une longue série de supplices inefficaces (elle aurait été roulée dans un tonneau garni de pointes de fer, devenu son attribut iconographique), elle aurait porté sa tête jusqu’au futur village de Bologne (Haute-Marne). Ses reliques, conservées dans l’église Sainte-Bologne de Bologne, témoignent de la brutalité de son martyre...

Reliques de sainte Bologne
Vitrail de sainte Bologne
Plaque de la commune de Bologne

Statue et reliques de sainte Bologne, vitrail avec le martyre de sainte Bologne, tout cela à Bologne avec Bologne ! (photos Y. M.)

Les Bologne de Liège

 

     La prévôté de Bologne a existé près d’Orval. Elle appartenait au XVIIIe siècle à l’empereur d’Autriche et était tenue en engagère par le duc de Looz-Coswarem, puis vendue à l’abbaye d’Orval le 30 octobre 1758 avec la prévôté d’Etalle. Elle n’est plus attestée actuellement. Gobert de Bologne, seigneur de Margny, mort le 23 septembre 1458, a été enterré dans l’abbaye. Le nom est bien attesté depuis le XVIe siècle : on relève

- Jean de Bologne, né vers 1580 à Liège, mort en 1664, peintre

- Joseph Bologne, (1871-1959), conseiller municipal de Liège, député de Namur

- Maurice Bologne (1900-1981), sénateur au Rassemblement Wallon

- Olivier Bologne, architecte liégeois du XVIe siècle

- Jacques (de) Boulongne (Bouloigne), poète latin né à Liège ; attesté en 1555

- Olivier Boulonge, libraire à Liège, attesté en 1540

Jean de Bologne, Peintre liégeois, né et mort à Liège (1580-1664).
 

     Fils d’Ogier Bologne, de famille patricienne, secrétaire du Conseil ordinaire, et de son épouse, Anne Du Château, il est d'abord élève de Jean Dufour, lui-même élève de Lambert Lombard.
    Il accomplit comme de coutume le voyage d'Italie, en 1593, et revient à Liège pour recueillir l’héritage de sa mère. Il peint pour son tombeau à l’église des Dominicains une composition aujourd'hui perdue : La piscine probatique
    En 1605, l’abbé Gilles de Pas lui commande une série de tableaux pour le chœur de l’église abbatiale du Val Saint-Lambert. Il peint aussi un tableau d’autel et un plafond pour Sainte-Gertrude : une commande du chanoine Jean de Chapeauville (1551-1617), célèbre pour avoir instruit en 1597 le procès en sorcellerie de Jean Delvaux. Ce théologien, inquisiteur, chanoine et grand-pénitencier de la cathédrale, parmi les fondateurs du séminaire épiscopal, est en effet enterré à Sainte-Gertrude.
    Le seul tableau conservé de Jean de Bologne est le portrait des 71 membres du Serment de l’Arquebuse, conservé au musée de Malines. Les registres de cette guilde parlent d’une commande à Jean Bolon en 1629, pour 462 florins et 12 sous (dont 330 pour la peinture).
    Il habitait au faubourg Saint-Laurent, en dehors de la ville, et vécut vieux en cultivant comme Candide son jardin. Il laissa ses biens, par testament daté du 23 octobre 1654, à ses voisines, les religieuses du Saint-Sépulcre. Le legs servit à la reconstruction de l’église et du couvent. Ses armoiries figuraient sur la verrière de la chapelle. Les héritiers attaquèrent en vain le testament, mais le procès est encore en cours au début du XVIIIe siècle ! Il est enterré avec ses parents chez les dominicains.
« Jean Bologne était un esprit contemplatif, il aimait la solitude et était fort laborieux ; il s’était formé une manière de peindre très expéditive et comme il jouissait d’ailleurs de la faveur de ses contemporains pour les portraits et les peintures religieuses, il s’était acquis une fortune considérable. » (Helbig, p. 202).

Bibliographie :
Académie royale, Bibliographie nationale de Belgique, Bruxelles, Thiry, 1868, t. II, col. 642-643.
BÉNÉZIT (E.), BUSSE (Jacques), Dictionnaire critique et documentaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs... (1911), Paris, Gründ, 1999, t. II, p. 496. 
DELVENNE (Mathieu Guillaume), Biographie du royaume des Pays-Bas, Liège, Desoer, 1828, t. I, p. 95. 
HELBIG (Jules), La peinture au pays de Liège et sur les bords de la Meuse, Liège, Imprimerie liégeoise, Henri Poncelet, 1903, p. 201-203.
SAUR, Allgemeines Künstler-lexikon, München, Leipzig, 1996, t. 12, p. 403. 
SIRET (Adolphe), Dictionnaire historique des peintres de toutes les écoles, Bruxelles, Périchon, 1848, t. I, p. 56. 
THIEME (Ulrich), Allgemeines lexikon der bildenden Künstler, 1907, t. IV (notice de H. Hymans). 
WURZBACH (Alfred von), Niederländisches Künstler-Lexikon..., Wien, Halm und Goldmann, 1906, t. I, p. 131.

 

Maurice Bologne (1900-1981) 

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Essayiste et historien, bibliothécaire et enseignant, auteur d’un livre de toponymie wallonne, militant wallon, fondateur et secrétaire général du mouvement de résistance clandestin Wallonie libre (1940). Président de l’Institut Jules Destrée et sénateur Rassemblement Wallon, dont il fut des fondateurs, de 1968 À 1974.
Son épouse Aimée Bologne-Lemaire était également une grande figure de la gauche wallonne.

Voir le site de Wallonie-en-ligne.

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Olivier Bologne
 

      Architecte liégeois du XVIe siècle. Le personnage est peu connu. D’après De Villenfagne (Mélanges historiques de 1810, pp. 90-91), il remplissait les fonctions de greffier du conseil ordinaire institué par Erard de la Marck, prince-évêque de Liège. 
    Becdelièvre, le plus précis sur ce personnage, en parle deux fois sous des noms différents. L'une sous le nom de Jean Bononius en 1558 : il le dit premier greffier du conseil ordinaire à Liège, littérateur et architecte, contemporain de Paul de Rickel dont il est peut-être l’élève (Paul de Rickel est l'architecte qui répara et embellit les remparts et les portes de la cité, auteur de plusieurs édifices publics). Il en reparle p. 221 sous le nom d’Olivier Boulogne ou Bononius, avec les mêmes informations (premier greffier du conseil ordinaire) ! Cet Olivier Boulogne s’est intéressé à l’histoire du pays et a ramassé des matériaux que ses héritiers conservaient encore au XVIIe siècle. Becdelièvre l’assimile à l’Olivier Boulogne libraire de 1640.


Bibliographie :
Académie royale de Belgique, Biographie nationale, Bruxelles, 1866 ss., t. II, col. 828-829. Art. de H. Helbig. 
BECDELIEVRE (Antoine Gabriel de), Biographie liégeoise, Liège, Jeunehomme, 1836, t. I, pp. 217-218 
WURZBACH (Alfred von), Niederländisches Künstler-Lexikon..., Wien und Leipzig, Halm und Goldmann, 1906.

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Jacques (de) Boulongne (Bouloigne)

     Poète latin du XVIe siècle né à Liège ; attesté en 1555. On ne sait pas grand chose de lui. Peut-être parent de l’architecte Olivier de Boulogne. En 1555, deux de ses poèmes sont publiés à Anvers dans la Sphère des deux mondes, publiée chez Richart.
Delvenne a cru par erreur qu'il s'agissait ses poésies complètes.

Bibliographie :
Académie royale de Belgique, Biographie nationale, Bruxelles, 1866 ss., t. II, col. 828-829. Art. de H. Helbig.
BECDELIEVRE, Antoine Gabriel de, Biographie liégeoise, Liège, Jeunehomme, 1836, t. I, p. 211.
DELVENNE (Mathieu Guillaume), Biographie du royaume des Pays-Bas, Liège, Vve Desoer, 1828, t. I, p. 113. 

 

 

Olivier Boulonge

Libraire à Liège, attesté en 1540.

         On en sait encore moins sur lui ! Le 22 juillet 1540 se vendait in vico pontis apud Oliverium Boulongne une édition du Missale ad usum insignis ecclesie Leodiensis, imprimée à Paris par Didier Maheu aux frais de Valérien Natalis (Noël), libraire montois. Il s'agissait d'un missel imprimé sur vélin en caractères gothiques avec des gravures sur bois.

Bibliographie :
ROUZET (Anne), Dictionnaire des Imprimeurs, libraires et éditeurs des XVe et XVIe siècles dans les limites géographiques de la Belgique actuelle, Nieuwkoop, de Graeve, 1975, pp. 25-26. 
THEUX DE MONTJARDIN (X.), Bibliographie liégeoise, 2e éd., Bruges, 1885, col. 1310.

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Mercure de Jean de Bologne
Rhum Bologne

... et ceux qui ne sont pas de Liège...

Rien à voir avec Jean de Bologne, ou Giambologna, le plus connu, né à Douai, sans doute un "Jean de Boulogne", à moins qu’il n’ait pris son nom en Italie, où il a sculpté l’enlèvement des Sabines de Florence et la fontaine de Neptune... à Bologne.
Dommage pour le Mercure !


Rien à voir non plus avec la famille Bologne du Dauphiné (où le nom est fréquent), dont une branche a émigré en Guadeloupe... et a fondé la distillerie dont le rhum est devenus un cadeau goguenard.

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